Psychotopie

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11 juin 2009

Les neuroleptiques et la mort subite

Article provenant du site www.cerveauetpsycho.fr :

Que ce soient ceux de première ou de deuxième génération, les neuroleptiques multiplient par deux le risque de mourir d'un problème cardiaque soudain.

En France, chaque année, 40 000 adultes apparemment en bonne santé meurent d'un problème cardiaque le plus souvent insoupçonné. Le décès survient moins d'une heure après le début des symptômes qui évoquent un défaut d'irrigation du cœur : c'est la mort subite de l'adulte, qui représente près de la moitié des décès d'origine cardiaque.

On ignore les causes de ces défaillances cardiaques imprévisibles, mais on savait que les neuroleptiques dits de première génération en augmentent le risque ; selon Wayne Ray et ses collègues, du Département de médecine préventive de Nashville, dans le Tennessee, il en va de même de ceux de seconde génération, plus utilisés aujourd'hui.

Les neuroleptiques sont indiqués dans le traitement de certains troubles psychiatriques, telle la schizophrénie. Les neuroleptiques de seconde génération dits atypiques sont aujourd'hui davantage prescrits parce qu'ils auraient moins d'effets secondaires (risque de décès plus faible, moins de troubles moteurs, etc.).

W. Ray et ses collègues ont étudié le devenir de plus de 90 000 personnes âgées de 30 à 74 ans, dont la moitié ont pris des neuroleptiques classiques et l'autre des neuroleptiques de seconde génération, et ils les ont comparées à 186 600 personnes n'en ayant jamais pris. Une forte consommation de neuroleptiques de première génération multiplie par 1,99 le risque de mort subite et ceux de seconde génération par 2,26. Et le risque est d'autant plus élevé que la posologie est élevée. Mais cette influence des neuroleptiques s'efface à l'arrêt du traitement. On pense que les neuroleptiques perturbent le rythme cardiaque en agissant sur des canaux ioniques présents dans les muscles, notamment le cœur.

Bénédicte Salthun-Lassalle

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10 septembre 2008

Interview de Ronald Laing

Voici une interview paru dans l'Express il y a quelques années, de Ronald Laing, célèbre antipsychiatre.

ronald

Qui est fou ? Où passe la frontière entre folie et santé mentale ? Pour Ronald D. Laing, quarante-six ans, Écossais, psychiatre et psychanalyste, la société considère comme fou celui qui choisit une autre voie que celle du groupe. L’aliénation est la condition de l’homme réellement « normal », celui qui refuse que sa vie « soit mise en boîte du berceau à la tombe ». Chef de file de l’antipsychiatrie, ennemi des asiles, des tranquillisants et des électrochocs, ses théories et sa thérapeutique débouchent sur une critique radicale de la société. L’Express lui a demandé d’aller plus loin.

L’Express : On vous a longtemps appelé, on vous appelle encore, le « pape de l’antipsychiatrie ». Que pensez-vous de ce titre ?

Ronald Laing : Je n’ai jamais employé moi-même cette formule. Jamais. C’est mon ami et collège le psychiatre David Cooper qui l’a inventée, avec le succès que l’on sait. Il pensait ainsi secouer la complaisance dans laquelle s’enferme la profession psychiatrique. De ce mot d’ordre d’« antipsychiatrie » devait, selon lui, surgir une situation nouvelle. Mais moi – quoi qu’on ait pu me faire dire – je ne me suis jamais identifié ni aux positions de la psychiatrie traditionnelle ni aux positions des antipsychiatres… Je me sens évidemment plus proche des derniers.

L’Express : Pouvez-vous nous définir ce qu’on entend par antipsychiatrie ?

R. L. : Un vaste programme : jeter bas les murs de l’asile, lutter contre l’isolement féroce du malade, entamer le dialogue réputé impossible avec le schizophrène, le laisser aller au bout de son délire, au risque de se perdre ou d’en revenir guéri, refuser les solutions oppressives et éphémères (calmants, électrochocs, etc.). Faire aussi comprendre que la société appelle « fou » celui qui choisit des voies qu’elle ne reconnaît ou n’admet pas.

On a commencé à parler, à ce propos, d’« antipsychiatrie » vers les années soixante, à la suite des travaux que nous avons entrepris avec Aaron Esterton, David Cooper et quelques autres psychiatres, dans cette direction.

L’Express : Il semble donc que ce programme résume assez bien le contenu de vos livres, du Moi divisé à Soi et les autres. Pourquoi refuser alors pour vous-même ce terme d’antipsychiatrie ?

R. L. : « Antipsychiatrie », « antithéâtre », « contre-culture », il y a dans tous ces termes une part de provocation. Or je ne tiens pas à valoriser la position psychiatrique traditionnelle en adoptant à son égard une « antiposition ». Ce titre coup de poing d’antipsychiatrie, s’il fait peut-être réagir les foules, limite le problème, et fait dépendre les positions qu’on adopte d’un passé défini : on établit, même par opposition, une filiation avec la psychiatrie traditionnelle.

L’Express : Vous êtes célèbre aussi pour avoir dénoncé, dans la famille, une des forces oppressives de la société moderne. On dit même que le réalisateur Kenneth Loach s’est inspiré de vos idées en tournant Family Life. Est-ce encore une simplification de votre position ?

R. L. : D’abord, ce n’est pas contre la famille que je me suis dressé. Je n’ai jamais vu en elle une terrible institution sociale. J’ai dénoncé certains types de processus sociaux qui se transmettent à travers le système familial. Vous en avez un exemple dans les onze cas que nous avons étudiés avec Aaron Esterton, dans un livre publié en 1963.

Il s’agit de jeunes schizophrènes et des conversations que nous avons eues non seulement avec elles, mais avec leur famille, père, mère, oncles, tantes, sœurs, frères, grands-parents, bref, tous les proches qui semblaient avoir pris, à un moment ou à un autre de leur vie, quelque importance, et cela sur trois générations.

Car, souvent, les mêmes scénarios se reproduisent, de génération en génération. On colle par exemple à un petit garçon l’image d’un grand-père mort à sa naissance, dont il « est tout le portrait » et porte le prénom. Le jour où l’enfant ne correspond plus à l’image que la famille se fait de lui, on le trouve bizarre, et l’enfant fuit le phantasme familial dans l’irréel et l’imaginaire, il devient « schizophrène ». Ou encore, pour se rassurer, la mère qui voit sa fille de quatorze ans, jusqu’alors docile, devenir effrontée, déclare que sa fille est folle. Mais l’attitude de cette mère peut être le reflet d’un scénario joué vingt ou trente ans plus tôt avec la grand-mère, où elle tenait alors le rôle de sa propre fille aujourd’hui.

Ces processus qui aboutissent à des nœuds, à des impasses, à des blocages, certains ne peuvent s’en passer, ils ont peur de les transgresser. Mais d’autres refusent de les vivre. Ces deux réactions opposées se produisent souvent au sein d’une même famille : si l’on ne parvient pas à une certaine souplesse, à un compromis, à un « modus vivendi », il y a nécessairement un perdant, qui peut alors fuir la toile d’araignée dans laquelle il se sent englué par une attitude schizophrénique, c’est-à-dire coupée de la réalité.

Voilà ce que je me suis contenté de dire, car il est temps d’en prendre conscience. Mais je n’ai jamais soulevé les enfants contre les parents, je n’ai jamais écrit que les premiers étaient les bons, et les seconds les méchants.

Sur un plan beaucoup plus général, il faut bien se rendre compte que, ces vingt dernières années, dans les pays d’Occident, la famille s’est, pour la première fois dans son histoire, nucléarisée, brisée en morceaux. Auparavant, les parents s’occupaient des enfants, travaillaient pour eux : l’unité familiale dépendait de l’aide et de la viabilité fonctionnelle, économique et sociale des parents. Une tension terrible pesait sur leurs épaules.

Si l’on abandonne ces anciens nœuds familiaux, on se retrouve complètement déraciné, avec un noyau familial atomisé – c’est à peu près ce qui arrive à des millions de gens dans les villes, aujourd’hui. Le changement à tous les niveaux, sur trois ou quatre générations, à été fantastique. La famille, en tant qu’institution sociale, en a subi l’énorme contrecoup.

Le succès de films comme La Saga des Forsythe, Les Thibault ou Les Boussardel est une façon nostalgique de se raccrocher à des valeurs aujourd’hui agonisantes. Je ne vois rien de capable, dans un proche futur, de recoller les morceaux du bloc familial. Aujourd’hui, si l’on veut des enfants, il faut comprendre qu’on est dans une situation de transition : il s’agit d’utiliser au mieux la souplesse de notre société occidentale « pluraliste » et contradictoire, pour adopter le style de vie le moins désagréable possible dans ces conditions.

L’Express : L’importance que vous accordez au contexte familial dans le traitement d’un malade a renouvelé l’étude de bien des cas. Est-ce tout ce qui vous sépare de la psychiatrie traditionnelle ?

R. L. : Non, car la psychiatrie traditionnelle a toujours tendu à dire que la maladie avait une progression insidieuse, qui allait s’aggravant, et qu’on ne pouvait rien y faire, sinon améliorer l’état du patient, ou dissiper certains symptômes, à l’aide par exemple de tranquillisants. Mais personne ne s’est jamais attaqué aux causes de la maladie.

Il y a d’ailleurs un malentendu total. Mon attitude ne doit rien à une sorte de romantisme morbide. Je n’ai jamais encouragé personne à devenir psychotique. Je n’ai jamais dit nulle part, quand j’ai tenté de présenter, de la manière la plus fidèle possible, ce qu’est une expérience psychotique, que c’était un jardin de roses. La psychose est un monde de terreur et de confusion, d’effroi, d’horreur et de consternation. Je n’ai jamais singé les joueurs de flûte, psalmodié : « Venez, entrez dans le monde heureux de la folie, chemin de la libération. Devenez fous pour en sortir régénérés. » Je n’ai jamais dit aux gens de cultiver leur folie.

J’ai dit que, lorsque cela arrive, lorsqu’un être est happé par la folie, la société, pour son bien même, doit chercher la place la plus judicieuse où le mettre – et que, la plupart du temps, la dernière à envisager était l’hôpital psychiatrique.

L’Express : Pourquoi ?

R. L. : Parce que, si j’était fou ou proche de l’être, ce lieu d’isolement et de coercition permanente m’achèverait.

L’Express : Mais il y a des gens qui, d’eux-mêmes, réclament une assistance médicale ?

R. L. : Oui, certains patients se sentent à l’abri entre des murs, avec une garde, un docteur, des infirmières. Très bien, qu’on les hospitalise ! Mais la grande majorité n’est pas dans ce cas !

Mme Bassaglia, la femme de ce psychiatre qui a entrepris en Italie une expérience anti-institutionnelle, dans un établissement où les malades étaient soignés librement, pouvaient entrer et sortir à leur guise de l’hôpital, m’a raconté cette histoire qui l’a frappée : pendant la Seconde Guerre mondiale, deux malades enfermés dans un asile que le personnel hospitalier avait évacué à cause des bombardements, s’étaient trouvés, en quelque sorte, libérés par la guerre. Ils vécurent dans le village, sans qu’on sache qui ils étaient, et prouvèrent à tous leur parfaite santé mentale, ne perdant jamais leur sang-froid, même aux pires moments. Vint la paix. On les enferma de nouveau. Pourquoi ? Vous trouvez que c’est juste, vous, d’enfermer ces gens parce qu’on a simplement, un jour, dans le passé, déclaré qu’ils étaient fous, alors qu’ils ont prouvé à tous que, s’ils l’avaient jamais été, ils ne l’étaient plus ?

Les asiles d’aujourd’hui sont conçus pour enfermer ceux qui inspirent la terreur par leurs idées, tout simplement parce qu’elles ne sont pas comme les autres. On refuse d’admettre la différence, on la taxe de folie. Dans un sens, enfermer les écrivains opposants au régime soviétique dans des asiles est un aboutissement logique d’un tel système.

L’Express : Est-ce pour cette raison que vous avez fondé une communauté anti-institutionnelle, c’est-à-dire sans hiérarchies ni contraintes, à Kingsley Hall ?

R. L. : La question se posait : où pouvait-on trouver aujourd’hui, dans une grande ville comme Londres, droit d’asile ? Un droit à un asile spirituel et mental où les gens pouvaient aller se réfugier, et dont ils pourraient partir quand ils le voudraient. À l’époque où j’ai fondé cette institution, ce qui me frappait c’était l’absence totale, et qui crevait les yeux, au milieu de tous les propos théoriques et idéologiques qui se tenaient, d’authentiques asiles, sanctuaires, havres ou refuges, que ne trouvaient jamais ceux qui se sentaient désespérés ou psychiquement incapables de lutter.

Il y a aujourd’hui, dans Londres, cinq hôpitaux qui fonctionnent selon les grandes lignes de la politique mise pour la première fois en pratique à Kingsley Hall. Là-bas, c’était le contraire d’un hôpital psychiatrique, il n’y avait ni direction, ni malades, ni médecins : on laissait les gens aller jusqu’au bout de leur voyage au sein de la folie, remonter dans le temps, régresser, redevenir adolescent, enfant, embryon, se délivrer de leurs chocs et de leurs traumatismes. Évidemment, nous refusions l’usage de tranquillisants brutaux et d’électrochocs, qui effacent l’expérience. Il ne faut pas que le témoignage du malade soit formulé a posteriori incomplètement et à partir des bribes de souvenirs déformés.

Car, lorsque l’esprit vient à craquer, ce n’est pas nécessairement une perte sèche pour le malade : la confusion met en lumière certains aspects, qui peuvent être tout à fait enrichissants pour l’exploration de la pensée. Je ne dis pas qu’il faut devenir psychotique dans ce but, mais qu’il faut utiliser les aspects positifs – ou qui peuvent le devenir – de la psychose.

Il ne faut plus asservir le malade à la prise de tranquillisants, pendant des années et des années, ou pour le reste de sa vie si nécessaire, sous prétexte que c’est l’unique solution pour que la crise ne revienne plus jamais. On efface peut-être les symptômes apparents, on ne s’attaque pas à la racine du mal.

L’Express : Mais si les malades deviennent dangereux ? S’ils viennent chez vous vous attaquer ?

R. L. : J’appellerais la police. Même les hippies se mettent sous la protection de la police. Si l’on m’attaque en tant que personne privée, je défends ma vie privée. Je n’ai pas à ménager un agresseur parce qu’il est malade. Il faut d’abord le mettre hors d’état de nuire, puis le soigner.

Quand un malade menace la société, c’est évidemment un gros problème. Mais de la même manière qu’un schizophrène est moins actif sexuellement, ses impulsions agressives sont moins fortes que chez un homme normal. On s’est rendu compte, il faut le souligner, en comparant schizophrènes et gens normaux, que les seconds commettent plus d’actes violents que les premiers. Je ne dirais pas évidemment la même chose pour un paranoïaque.

Mais un asile ne doit pas être assimilé à une prison.

L’Express : Est-ce qu’à Kingsley Hall on ne risquait pas de recréer une autre sorte de famille et de nœuds familiaux ?

R. L. : Bien sûr, on y apportait des bagages familiaux, comme on le ferait à l’intérieur de n’importe quel groupe de gens vivant ensemble dans un but commun. Mais la nouveauté, c’est le regard que l’on jetait sur les liens qui se créaient entre les personnes. À travers les interactions qui surgissaient, on tentait de saisir la règle du jeu. Le seul fait d’observer et de comprendre ces interactions en modifiait le caractère. À travers les discussions et les constations, on débrouillait un écheveau particulièrement noué, et qui semblait, à beaucoup de ceux qui venaient, inextricable.

L’Express : Quelle est alors pour vous la définition du bon psychiatre ?

R. L. : Je rêve d’une connaissance médicale qui engloberait, comme dans l’Antiquité, les connaissances des structures mentales, émotionnelles et anatomiques, des processus physiologiques et des échanges chimiques au niveau moléculaire, d’une part, et, de l’autre, la relation de tous ces facteurs aux processus sociaux.

Quand un physicien de l’époque d’Hippocrate allait visiter un village, on attendait de lui qu’il fût au courant des vents dominants, des changements de température, de l’humidité ambiante. On attendait aussi qu’il connaisse la nature du système social de l’endroit, son orientation économique et astrologique. Il avait à prendre conscience du contexte global avant d’apprendre ce qui s’était passé dans le corps des gens, s’ils avaient la fièvre, tremblaient, ou émettaient des sons bizarres. On ne s’attendait jamais qu’il jette un bref coup d’œil sur le malade en le coupant de son contexte. Le contexte faisait partie de la réponse à une situation donnée… C’est un facteur sur lequel les médecins d’aujourd’hui ont généralement appris à poser des œillères. On les entraîne à une forme extraordinaire d’aveuglement professionnel, presque inhérent à leur profession.

Les psychiatres doivent rejeter ce genre d’attitude. Autrement, ils agissent un peu comme quelqu’un qui traiterait, pour un mauvais état sanguin, un client qui revient perpétuellement avec un œil au beurre noir, en refusant de voir la raison pour laquelle l’œil refuse de s’éclaircir : quelqu’un se tient derrière la porte et frappe d’un coup de poing le pauvre gars chaque fois qu’il repasse. Le médecin ne voit pas le coup, il voit seulement l’œil au beurre noir et croit qu’il s »agit de quelque défaut génétique. 

L’Express : Pensez-vous que cet esprit d’analyse et cette incapacité de synthèse soient propres à notre civilisation ?

R. L. : Il y a un phénomène curieux : notre civilisation produit des gens qui se remuent beaucoup pour comprendre et préserver le réseau de communications qui régit tous les aspects de l’univers, conçu comme un village global. Et, au même moment, elle secrète un aveuglement total sur elle-même, sur son propre contenu – aveuglement qui semble contredire le désir qu’elle a de bien fonctionner. En d’autres terme, il semble que notre civilisation soit celle du paradoxe : elle engendre en même temps une hyperlucidité frénétique sur l’enchaînement de ses processus. Et un aveuglement farouche quant à la portée de ces processus mêmes.

L’Express : La vraie barrière entre le médecin et le malade, c’est la maladie, la psychose. L’une des manière de l’abolir est, semble-t-il, pour vous, la drogue. On vous a souvent reproché de confondre expérience psychotique et expérience psychédélique…

R. L. : Écoutez, je reçois une flopée de lettres. Les gens m’envoient des poèmes, des histoires, des livres, des dessins, et un tas de récits sur les expériences qu’ils ont vécues. Surtout les Américains. Beaucoup d’entre eux ont pris du LSD et beaucoup d’entre eux sont des psychotiques. Je reçois en particulier des lettres de malades enfermés dans des hôpitaux psychiatriques se demandant si je peux les sortir de là, parce que personne à la ronde n’a vraiment connu ce qu’ils sont en train de traverser. Ils répètent encore et encore que leur maladie est comme un mauvais « voyage » provoqué par la drogue. La drogue est donc un moyen d’approcher le plus fidèlement possible ce que peut être une expérience schizophrénique. Voilà son utilité. Sans aller jusqu’à dire que ce genre de sensation soit l’unique que l’on qualifie de schizophrénique !

Or, il se trouve que beaucoup de mes écrits trouvent un écho chez des malades qui, pour la première fois, reconnaissent un reflet de ce qu’ils vivent. Pour la première fois, ça leur parle. Et ce sont à coup sûr les meilleurs juges pour dire si j’ai raison ou tort dans ce que je dépeins, et que, précisément, ils expérimentent. Bien meilleurs que les psychiatres. Ceux qui ont eu une crise, et en sont revenus, ont seuls autorité pour parler de la schizophrénie, cette fameuse maladie que personne n’arrive à définir et qui emprisonne le malade dans un monde intérieur effrayant.

Tout ce que je demande, c’est qu’on les écoute. S’ils disent que le miroir que je leur tends est le moins menteur de ceux que les psychiatres leur ont jamais tendus, voilà mes vrais critiques.

L’Express : Mais la drogue, le LSD, c’est dangereux. Faut-il le conseiller à des malades ?

R. L. : Mais je n’ai jamais dit de prendre de la drogue. Je n’ai jamais caressé l’idée de baptiser qui que ce soit au LSD, comme Timothy Leary, qui est pourtant un ami, et que l’on vient d’arrêter à nouveau en Californie.

L’Express : La Nouvelle Gauche voit en vous un leader : elle affiche votre poster à côté de ceux de Marcuse et de Wilhelm Reich…

R. L. : C’est le privilège des gens de voir en moi ce qu’ils veulent. Ils sont libres. Je le suis aussi de ne prendre et de n’avoir jamais pris aucune position particulière, sinon d’observer la nature humaine et les conditions sociales, économiques, géophysiques qui régissent la vie de l’homme. J’essaie de communiquer ce que je vois aux autres. Je ne me précipite pas, tête la première, pour changer la nature des choses, avant d’avoir songé à la manière de le faire. J’énonce seulement les vérités que je découvre. Si une telle attitude apparaît comme révolutionnaire, alors, je suis d’accord.

L’Express : Pourtant, on dit que vous menez les mêmes combats que Herbert Marcuse ?

R. L. : Pas du tout. Je suis trop individualiste. Quant aux idées de Wilhelm Reich, dont vous parliez tout à l’heure, elles sont très souvent contestables. Et il a vraiment fini fou, vous savez. Malgré mes affinités avec Sartre , je ne me sens pas spécialement mobilisé, engagé dans un effort pour préserver ou détruire des structures.

L’Express : On dit encore que vous vous intéressez plus à la schizophrénie, cette maladie sans critères cliniques bien définis qui coupe le malade du réel, qu’aux autres troubles ?

R. L. : C’est une impression fausse. Je n’ai jamais consacré aucun des huit livres que j’ai écrits à la schizophrénie seule. J’ai écrit aussi sur bien d’autres formes de troubles, mentaux ou sociaux, et sur la vie ordinaire, quotidienne.

L’Express : Que signifie, dans votre bouche, « la vie ordinaire, quotidienne » ?

R. L. : On pourrait dire aussi la vie sans étiquette. Il arrive qu’on mette l’étiquette « psychotique » sur le front de gens affectés de fonctions désordonnées, de psychopathologies, ou bien de pathologies chimiques et moléculaires. Cette étiquette modifie le champ social dans lequel il (ou elle) va opérer, pendant un certain temps, voire pour toute sa vie. Mais une bonne partie de la vie peut se dérouler sans que ce genre de choses arrive. C’est ce que j’appelle la vie ordinaire.

L’Express : Vous parlez toujours du voyage au sein de la folie, jamais de la guérison. Est-ce que ça existe, la guérison ?

R. L. : Oui, je crois. De temps à autre, quelqu’un raconte comment il en est sorti. Dans Soi et les autres, je donne des exemples. Il m’est arrivé de rapporter des observations que j’avais faites sur des êtres qui s’acheminent vers la guérison. Mais je pourrais dire si l’on pouvait distinguer, en les lisant, la description de la délivrance de celle de la rechute. Si c’était aussi simple que ça, il serait plus facile de soigner les gens, de distinguer l’état sain et l’état de folie. Peindre la guérison, c’est comme peindre le réveil après le sommeil. Nous nous réveillons chaque jour, mais il serait difficile de détailler cette sensation, car tout se passe trop vite, l’espace d’un déclic.

L’Express : Si vous ne pouvez définir la guérison, pouvez-vous donner une définition de la psychose ?

R. L. : C’est difficile à décrire aussi. C’est un état proche de la situation où quelqu’un parlerait sans s’efforcer de comprendre l’autre. Certains ont un registre de compréhension étendu, d’autres très mince, ils ne peuvent pratiquement rien comprendre qui sorte du cadre très étroit de leurs préjugés. À l’autre extrémité de la chaîne, il y a une minorité de gens, les psychiatres, qui ont apparemment la capacité de saisir les préoccupations de ceux qui ne trouvent personne pour les comprendre. Or, trouver quelqu’un qui comprenne cette agonie particulière d’absolue solitude change tout le caractère de ce qu’on pourrait appeler la description clinique de la maladie. Quelqu’un, enfin, semble savoir qu’on est un être humain et dans quelle mesure on n’arrive plus à se sentir comme tel.

L’expérience extrême d’aliénation totale dans l’isolement (à laquelle sont sujets bien des gens qui disent entendre des voix) n’est pas du tout nécessaire. Beaucoup de sentiments de ce genre, pris pour les symptômes d’un état psychotique, sont simplement les produits secondaires de l’imperméabilité des êtres au monde, et disparaissent quand ils trouvent quelqu’un qui les « écoute ».

L’Express : Lors d’un récent congrès de psychanalyse tenu à Londres, le Dr Joshya Bierer a déclaré qu’à la limite on pouvait dire que la schizophrénie ça n’existe pas.

R. L. : Il n’y a pas de fumée sans feu. Mais il est vrai qu’on ne peut donner, de la schizophrénie, que des descriptions par la négative. Le terme de schizophrénie, tel qu’on l’utilise aujourd’hui, trouble les eaux les plus claires, et obscurcit les choses plus qu’il ne contribue à les clarifier.

L’Express : Selon une statistique récente, il y aurait une proportion de deux femmes hospitalisées en Angleterre pour un homme, et, aux États-Unis, de trois pour un. Les femmes sont-elles plus folles que les hommes ?

R. L. : C’est une question difficile. Phyllis Chesler, qui enseigne la psychologie à l’Université de New York remarque que 90 % des psychologues et psychiatres américains sont des hommes, alors que la plupart des malades sont des femmes. Selon elle, il y a deux poids, deux mesures : un homme qui manifeste son indépendance, revendique, est considéré comme normal ; une femme du même tempérament est « émotionnellement malade ».

Je pense qu’il y a, dans tout cela, deux facteurs qui sautent aux yeux : des études ont été faites sur le milieu social des malades diagnostiqués « schizophréniques » ou « psychotiques ». On a pu voir qu’en Amérique les psychiatres répugnent plus à énoncer ce verdict pour des clients issus de la moyenne bourgeoisie que pour ceux de la classe ouvrière. Un riche n’a-t-il pas beaucoup à perdre ? Il portera le stigmate de son diagnostic pour le reste de sa vie. Il ne pourra plus siéger à son comité de direction, diriger une boutique, être respecté à l’usine. Il n’y a qu’à voir ce qui est arrivé au sénateur Eagleton, dont a dû se séparer McGovern au cours de la récente campagne présidentielle, aux États-Unis.

Le public ressent moins la gravité de la situation, sur un plan économique, pour une femme. Sa vie de ménagère et de mère n’en sera pas, lui semble-t-il, outre mesure affectée. Voilà le premier point.

L’autre point est, bien sûr, que nombre de psychiatres, comme le souligne Mme Chesler, sont des hommes. La position idéologique de supériorité, si l’on peut dire, qu’ont inventée les hommes, et qui rassure encore certains d’entre eux, pèse sans doute moins sur eux que sur les femmes qui trouvent des difficultés supplémentaires à s’adapter aux standards de la normalisation masculine.

Enfin, il faut surtout voir dans quelles circonstances on va consulter un psychiatre : on est souvent amené par quelqu’un. Dans ses récentes études sur la lobotomie, cette opération qui consiste à enlever une partie du cerveau régissant telle ou telle partie du corps et des sentiments, le psychiatre américain Peter Breggan découvre que trois femmes pour un homme, environ, ont été soumises à cette opération. Et quand vous regardez les prétendus résultats de la lobotomie (quels sont, en la matière, les critères de succès ?), cela fait froid dans le dos : les femmes, après l’opération, dit-il, étaient supposées faire mieux la cuisine !

Elles ne marquaient plus d’insatisfaction, elles n’entraient plus dans de violentes crises de colère, elles allaient plus docilement conduire ou chercher les enfants à l’école, faire le marché et cuisiner le repas de l’homme qui rentrait tard du travail, etc. Vu d’un certain point de vue, c’est une splendide adaptation à la vie quotidienne ! Mais, d’un autre point de vue, voilà une femme dont on a charcuté le cerveau pour la transformer en vache docile et repue, moins mécontente de sa position d’opprimée sociale et économique.

Tous ces facteurs entrent en ligne de compte. Non que les femmes soient plus folles que les hommes. Certainement pas.

Mais, dans de nombreux secteurs de la société européenne et américaine, elles sont totalement désavantagées économiquement, socialement, émotionnellement, face à l’homme qui concentre tous les pouvoirs.

L’Express : Le Mouvement féminin de libération de la femme, en Amérique, s’élève violemment contre la psychiatrie et reproche en particulier à Freud de réduire les femmes à rêver toute leur vie d’un organe masculin dont elles seraient amputées. Vous qui êtes, peut-on dire, d’obédience freudienne, comment jugez-vous cette position ?

R. L. : Les femmes américaines ont fait un travail intellectuel proche de celui de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe il y a près de trente ans. Mais c’était une position de combat. Nous sommes encore en train d’attendre une étude, sur les relations entre hommes et femmes, à la fois profonde et nuancée. Je pense que Freud lui-même est assez peu nuancé dans sa théorie du sexe – bien que personne ne soit allé aussi loin que lui. Mais, évidemment, ce n’est pas très nuancé, car le fossé entre la Vienne du temps de Freud, il y a plus d’un siècle, et le Londres ou le Paris d’aujourd’hui, est énorme. Et Freud n’a pas pu totalement se soustraire à l’influence de son époque.

L’Express : Pourtant, c’était l’ami de Lou Andréas Salomé, l’une des ancêtres du Mouvement féministe, l’amie et la muse de Nietzsche et de Rilke ?

R. L. : Je pense qu’en fait on s’attaque au ton de Freud plus qu’au fond de son œuvre : par exemple, dans son dernier essai sur les femmes, il cite un de ses amis qui en parle avec lui et dit : « Bon, après tout, elles sont encore ce qu’on a de mieux dans le genre. » C’est une remarque de cette espèce qui engendre le malentendu ; certaines femmes se sentent offusquées ; d’autres la considèrent seulement comme un mot d’esprit. Je ne me sentirais pas offensé si une femme disait que les hommes, c’est encore ce qu’il y a de mieux dans le genre !

Mais, dans le cas de Freud, cela va plus loin : il y a des histoires qu’il raconte, et qui prennent sous sa plume un éclairage ambigu. Cela ne touche pas seulement aux femmes, mais à la vision qu’il avait de ce que peut être ou ne peut pas être la vie érotique ; cela manifestait plutôt un désaccord profond avec un romantisme contemporain bien particulier.

L’Express : Pouvez-vous donner un exemple de cet éclairage « ambigu » ?

R. L. : Un de ses premiers cas fut celui d’une jeune fille de dix-huit ans, qui avait des difficultés pour parler et respirer, et qui ressentait, dans la poitrine, une oppression. Or il explique qu’un M. K., ami des parents de la jeune fille, l’avait embrassée, quelques années auparavant, et lui avait proposé une aventure. Une partie de la difficulté semblait être qu’elle insistait pour en parler à tout le monde. Freud la vit trois mois, puis elle disparut un temps, puis revint. Les symptômes d’oppression avaient alors disparu, mais elle ne tenait toujours pas mieux sa langue, et pour cette raison, Freud interrompit le traitement.

Le fin mot de l’histoire était que la jeune fille désirait avoir une aventure avec M. K., dont la femme avait eu une liaison avec le père de la jeune fille. Et, apparemment, le père n’avait rien contre cette sorte de « troc lévistraussien », pourrait-on dire, entre sa propre fille et la femme de M. K. Peut-être même que M. K. y avait songé. Ce que Freud ne fit pas fut d’entrer dans un type d’analyse structurale du réseau interfamilial et social dans lequel se trouvait la jeune fille, et de ne plus voir dans cette maladresse d’élocution un symptôme hystérique, mais le reflet de l’impasse dans laquelle elle se trouvait entre la nécessité de verrouiller une vérité à double tour, et la tentation simultanée de l’énoncer.

Freud se sentait gêné par cette vérité. Pour lui, dans ce cas précis, la prudence sociale coïncidait avec l’équilibre mental, dans une attitude de silence.

On retrouve cette attitude ambiguë tout au long de La Psychopathologie de la vie quotidienne. On y trouve une inversion curieuse : pour lui, la psychopathologie de la vie quotidienne est un lapsus ou un geste irréfléchi révélant une vérité, à tous autres égards cachée. C’est précisément cette faille qui la fait éclater sous les couches de mensonge et d’hypocrisie où elle se dissimule, qu’il appelle la mise en évidence de la psychopathologie. Je me demande pourquoi ce n’est pas toute l’usine à mensonges et à hypocrisie qu’il appelle psychopathologie, pourquoi c’est le rayon de lumière et de vérité qui surgit – même par des voies détournées – qu’il désigne comme symptôme de la psychopathologie.

L’Express : Quelle était la position de Freud en face des schizophrènes ?

R. L. : Difficile à dire. Car si vous lisez les comptes rendus originaux de Freud sur l’hystérie, la plupart des patients qu’il appelle hystériques, nous les appellerions aujourd’hui, sans doute, schizophrènes.

Mais Freud, déjà, faisait une différence entre les gens qui, selon lui, souffraient d’une névrose de transfert. Quand le terme de schizophrénie a été adopté, on l’a appliqué à des gens avec lesquels les psychiatres et psychanalystes n’arrivaient pas à enter en contact. L’école de psychiatrie française en particulier, influencée par Minkowski, a établi pour test principal d’un diagnostic de schizophrénie l’incapacité du patient d’établir un rapport affectif. En l’absence de ce rapport, ils appelaient le malade « autistique », c’est-à-dire inséré dans un monde, ou un système, où il lui était impossible d’établir des rapports avec les autres.

Bref, l’école française prenait la position suivante : si un psychiatre n’établit pas de rapports avec le patient, le patient est un schizophrène. Or, c’est aussi bien une incapacité de la part du psychiatre.

Les théories de Freud sont venues à la rescousse des théories de l’école française, en parlant de la névrose narcissique où tout se concentre sur des rêveries intérieures, des processus mentaux, des images, des souvenirs, des rêves qui ne laissent plus aucune place à l’amour, à l’affection, à l’intérêt pour le monde extérieur… et vous vous trouvez alors en face de quelqu’un prisonnier de son propre système, et que vous ne pouvez plus atteindre.

Freud, dans une certaine mesure, partage une responsabilité dans la manière dont tout cela a tourné, mais sa position a été exploitée par des paresseux purs et simples : ce manque de communicabilité est devenu une excuse pour n’avoir aucun rapport personnel avec les schizophrènes. Vous trouvez même des gens pour dire que cela leur fait du mal, lorsqu’on cherche à établir une liaison personnelle avec eux. Alors que faire ? On leur administre des drogues, des électrochocs, et que sais-je encore…

L’Express : Il y a deux ans, vous êtes allé à Ceylan. Toutes sortes de bruits ont couru sur ce voyage. Pourquoi êtes-vous parti pour l’Orient ?

R. L. : C’est un projet que j’avais depuis des années. Je ne voulais pas partir avant que l’expérience commencée à Kingsley Hall ne se poursuive dans de bonnes conditions. J’ai passé six mois à Ceylan, sept en Inde, avec ma famille, pour me reposer.

Je ne sais combien de gens ont une idée romantique de Ceylan et de l’Inde. Là-bas, j’ai simplement pu mettre en pratique des disciplines spécifiques de méditation. J’ai passé la plupart du temps à ne rien faire de particulier. Je n’ai eu aucune illumination, aucun accomplissement de moi-même, je n’ai pas trouvé de réponse, ni d’Hindou qui m’aurait donné à rapporter un message à l’Occident.

L’Express : Pensez-vous que l’Occident ait beaucoup à apprendre de l’Orient ?

R. L. : Le monde entier se trouve aujourd’hui sur les rayons des bibliothèques : le Zen du XIVe siècle en Chine, et les cinq écoles contemporaines de Zen au Japon, et Dieu sait encore combien de pratiques méditatives – bouddhisme, hindouisme, etc. Vous y trouverez aussi les traditions occidentales des techniques alchimiques, des prières, des contemplations, toutes les traditions de la mystique chrétienne, tout, sur le même rayon. Voilà un remarquable phénomène transculturel, qui dépasse la culture. Je ne ressens pas tous ces souvenirs laissés par des sages de tous les temps comme « occidentaux » ou « orientaux ». C’est le monde entier, de la Chine à Mexico, qui est couché là. Et la mentalité contemporaine qui, on peut le dire, se manifeste plus fortement dans la jeunesse, s’intéresse à ce genre de choses. Ce n’est pas tellement une question « d’aller vers l’Orient ». En quoi un ouvrage est-il plus intéressant parce qu’il a été écrit à l’est de Suez ?

L’Orient, pour moi, je le répète, c’était le meilleur endroit pour prendre du repos. Un repos pas seulement physique, mais aussi spirituel. Il m’était très reposant d’être dans un lieu où je pouvais sortir de mon propre système social, dans un système où je n’avais à endosser aucune responsabilité, avec lequel je n’avais qu’une relation minimale. Mais ce ne sont pas des lieux reposants pour tout le monde. Pas pour ceux qui y vivent. Il y a eu, au moment où je passais, une insurrection où 6 000 personnes ont été tuées et 12 000 enfermées dans les camps de concentration.

L’Express : Vous sentez-vous concerné par les luttes actuelles sur l’environnement, l’énergie, la pollution ?

R. L. : Je ne suis pas terriblement « engagé » dans ce genre d’affaires. Je pense : « Quelle horreur ! », mais c’est contrebalancé par l’idée que, de toute façon, tout ne peut pas durer éternellement, que tout ce qui commence à une fin. Je ne peux imaginer aucun scénario sur l’espèce humaine qui se dénoue sans la mort de tous les êtres humains, jusqu’au dernier. Toute l’espèce humaine court à un point final, cela doit bien finir un jour. Je suis plus concerné que quiconque par l’être humain, par sa mort, mais la mort d’un individu n’est rien face à la mort de toute l’espèce. L’espèce humaine est une espèce mortelle, comme toutes les autres. Et le dernier homme, femme ou enfant, mourra sans savoir pourquoi il est le dernier.

Rien n’est là pour toujours… Tout surgit et tout tombe. Même les étoiles sont là peut-être pour des centaines et des milliers ou des millions d’années. Pas pour toujours. Les montagnes n’ont jamais été créées pour toujours, ni le ciel, ni les océans. La Terre elle-même va disparaître un jour, comme nous. Quelle différence y a-t-il d’être au milieu, au début ou à la fin du drame que nous jouons ?

L’Express : Alors, quelle importance que les gens soient fous ou non ? Pourquoi les aidez-vous ? Pourquoi les soignez-vous ?

R. L. : Je ne sais pas si j’aide les gens. L’idée que j’ai eue, un jour, de pouvoir les aider s’est dissipée il y a un moment déjà. Les rencontrer chaque jour fait partie du déroulement de la scène générale dont je viens de vous parler. Quant à l’aide que j’apporte ou non, il y a beau temps que j’ai cessé de m’interroger là-dessus.

L’Express : Pensez-vous que les médias ont contribué à changer la conscience humaine ?

R. L. : Oui, je le suppose.

L’Express : Dans quel sens ?

R. L. : En gros, je serais assez de l’avis de Marshall McLuhan. Ses théories correspondent au changement de conscience dont je parlais à propos de la famille, dans le monde occidental. Mais je n’ai pas fait d’enquête concertée. La seule réponse honnête que je puisse faire est : « Je ne sais pas. »

L’Express : Vous parlez rarement du suicide dans vos œuvres ?

R. L. : Ce n’est pas à moi de dire : « Tuez-vous » ou : « Ne vous tuez pas. » Je n’arrêterais personne qui voudrait se tuer, du moment qu’il ne le fait pas devant ma porte. Il y a un vieil adage chinois qui dit que le meilleur moyen de faire du tort à votre pire ennemi, c’est de vous tuer devant sa porte. Si quelqu’un veut se tuer, je serais content qu’il aille le faire ailleurs, et que ça ne me concerne pas. C’est son droit…

L’Express : L’artiste, dans notre société, est-il proche du « fou » tel que vous le concevez ?

R. L. : Ce serait trop facile. Sa dernière pièce, Samuel Beckett l’a composée parce qu’il entendait une voix qui la lui dictait, un murmure ou des cris de femme. Il l’a écrite sous cette emprise. L’art, c’est peut-être qu’il a pu, grâce au théâtre, se libérer de cette parcelle de folie pour la transmettre aux autres et partager avec eux une expérience essentielle. Il l’a communiquée, ce que ne peut faire un psychotique.

L’Express : À l’université de Stanford, en Californie, Colby, Weber et Hilf ont programmé un ordinateur de sorte qu’il « se comporte » de manière paranoïaque. Qu’en pensez-vous ?

R. L. : Je connais mal ce programme, mais je crois qu’en fait ils ont donné à l’ordinateur des instructions contradictoires ; il s’agit là de l’une des théories sur ce qui engendre des produits paranoïaques. En langage informatique, vous avez des données à l’entrée, puis une unité centrale de traitement, et enfin des résultats à la sortie. Si vous voulez utiliser ce schéma pour une analogie provisoire avec le système humain, alors les questions que l’on peut se poser à propos de la psychose sont : est-ce que ça se passe dans l’unité centrale de traitement (le cerveau), qui recevrait donc des données, comme n’importe quelle boîte noire, mais qui les traiterait de manière fausse, produisant des résultats erronés ou « paranoïdes » ? Il y a une autre théorie assez voisine, c’est que certaines personnes peuvent recevoir des données brouillées – sans que les autres s’en rendent compte. Or, une unité de traitement normale n’est pas capable de démêler de telles données et tombe en panne, craque, aboutissant, dans le cas de l’être humain, à une lecture psychotique de la situation.

L’Express : Pensez-vous que l’ordinateur puisse aider le psychiatre dans la compréhension du comportement humain ?

R. L. : Je n’ai jamais trouvé que ça pouvait m’aider, moi. Peut-être convient-il d’employer des métaphores à partir de l’ordinateur, mais je tiens à le faire, pour expliquer certains aspects du comportement humain à des gens qui ne peuvent le comprendre autrement. Mais l’ordinateur n’a jamais rien ajouté à ma propre connaissance – ou à mon manque de connaissance – des êtres humains, qui vient uniquement… des êtres humains.

L’Express : Vous avez eu vous-même une enfance et une éducation que l’on peut taxer de classiques. Comment en êtes-vous arrivé à cette position originale qui est la vôtre ?

R. L. : Eh bien ! Je n’ai pas tellement changé. Cela dépend de ce que vous appelez une formation classique, il y a surtout la manière dont on la reçoit. On m’a, en effet, nourri de Shakespeare, des versets de la Bible, de culture presbytérienne et de musique classique. Comme c’était pendant la guerre et qu’on manquait de professeurs, on n’a pu m’apprendre que le latin et le grec, pas de langues vivantes.

Bien sûr, c’est une éducation un peu vieux jeu, mais je prenais très au sérieux ce que je lisais. Par exemple Œdipe que j’ai pu, dès l’âge de quatorze ans, déchiffrer dans le texte original.

J’étais très impressionné aussi par des sonnets de Shakespeare et par l’Ancien et le Nouveau Testament. J’essayais d’en tirer une vision en profondeur du monde et de la nature des choses. Car ce qu’on voit, au fond, c’est ce dont parlaient les anciens Grecs : les gens dorment, les gens sont morts. Toute la tragédie grecque est elle-même fondée sur quatre piliers, matricide, parricide, infanticide, sororicide.

Quant au Nouveau Testament, ce n’est pas spécialement un exemple d’éléments qui décrivent la nature de Jésus, on ne le lit ni ne le comprend réellement si on ne hait pas son père ou sa mère. Tout cela, je le ressentais dans l’enfance, comme je le ressens aujourd’hui.

L’Express : Vous parlez beaucoup de familles. Pas de la vôtre ?

R. L. : J’ai une ex-femme à Glasgow et cinq enfants là-bas, de quinze à vingt ans, trois filles et deux garçons. Et une autre famille ici, avec une femme, un garçon de cinq ans et une fille de deux ans et demi. Les aînés veulent être pilote, coiffeuse, rien d’intellectuel. Ils n’aiment guère mon style de vie. Ils pensent qu’il y a dix ans j’étais plus intéressant. Ils aimeraient que j’aie une belle maison dans le sud de la France, avec une piscine et des invités. Mais je n’ai guère de problèmes fondamentaux avec eux.

L’Express : Et eux avec vous ?

R. L. : Je ne sais pas. Je ne pense pas.

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09 septembre 2008

L'expèrience de Rosenham

Le psychiatre américain David L. Rosenham a fait plusieurs expériences en 1972 afin de voir si les psychiatres pouvaient réellement distinguer une personne malade ("psychiquement") d'une personne saine. Lors de la première expérience, 8 personnes devaient se faire passer pour des patients potentiels en annonçant qu'ils entendaient des voix et en demandant à un hôpital psychiatrique la possibilité de se faire interner. Peu après leur arrivée, chacune des personnes ont affirmé ne plus entendre de voix, cependant, les médecins les considéraient toujours comme schizophrènes. Ce n’est qu’après 19 jours qu’ils ont pu sortir de l’hôpital, ceux-ci étant considérés en « rémission ». Aucun professionnel n’a remarqué la supercherie, cependant un quart des patients de l’hôpital avaient des soupçons.

Dans une autre étude, on met cette fois au courant une équipe de soignants, que des faux patients vont tenter de se faire hospitaliser dans les mois qui suivent. Les psychiatres font donc très attention et détectent 10 % de pseudo-patients parmis les nouveaux arrivants. En réalité, aucun faux patient n’est entré dans l’hôpital !

Selon Rosenham, ces expériences prouveraient que les psychiatres sont incapables de faire la distinction entre une personne saine, et une personne malade.

Pour plus d'informations, voici un article sur l'antipsychiatrie.

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21 octobre 2007

La thérapie par le réel de William Glasser

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Article disponible sur le site : http://alainriouxpq.iquebec.com.

Dans cet article nous vous proposons une explication des problèmes psychiatriques à partir d'un point de vue totalement différent mais qui nous apparaît extrêmement instructif de par son originalité et sa façon de prendre position par rapport à certains postulats de la psychiatrie et de la psychothérapie conventionnelle.  Ce point de vue différent, c'est celui de la "Thérapie par le réel" développé par le Dr William Glasser dans les années 60.

Qui est William Glasser ? 

Le Dr William Glasser est un psychiatre américain de renommée internationale.  Il a exercé à Los Angeles dans plusieurs programmes de réadaptation de jeunes délinquants et toxicomanes.  Il a aussi travaillé avec le Dr G.L. Harrington dans le traitement des patients psychotiques hospitalisés.  Ils développèrent ensemble la "Reality Therapy" ou thérapie par le réel. L'essentiel de leur approche est d'ailleurs exposé dans le livre du Dr Glasser (1971) intitulé: "La thérapie par le réel" et publié aux éditions "EPI". 

A la fin de son internat en psychiatrie le Dr Glasser interrompit sa formation à la psychanalyse pour bâtir cette approche qu'il voulait davantage collée au réel.  Il s'inquiétait du fait que la durée moyenne des cures analytiques tendait à s'allonger démesurément et que certains patients étaient très difficiles à analyser de la façon classique.  Il reprochait d'ailleurs à certains thérapeutes freudiens et disciples de Lacan d'abandonner toute ambition thérapeutique pour leurs patients au profit d'une expérience philosophico-mystique de l'inconscient.  Ainsi il en vient à construire une approche réactionnelle à la théorie freudienne qui se situe aussi à la frontière de l'antipsychiatrie en basant la philosophie de son programme sur l'axiome: "La maladie mentale n'existe pas".

Les bases de la théorie 

Le point de départ de la "thérapie par le réel" réside dans la question suivante: Qu'est-ce qui ne va pas chez ceux qui ont besoin d'un traitement psychiatrique ?  Selon le Dr Glasser, la personne qui a besoin d'un traitement psychiatrique souffre d'abord et avant tout d'inadaptation et cela quelle que soit la façon dont elle exprime son problème (psychose, troubles du comportement, dépression, etc.)  Cette inadaptation de base signifie que le patient est incapable de satisfaire ses besoins essentiels.  Plus l'individu sera incapable de satisfaire ses besoins à un degré élevé et plus la sévérité des symptômes sera grande.

La deuxième question posée par le psychiatre américain concerne les personnes les plus adaptées.  Comment les personnes vivant dans la société arrivent-elles à satisfaire leurs besoins ?  Pour répondre à cette question le Dr Glasser suggère qu'à tout moment de notre vie nous devons être lié à au moins une personne qui peut elle-même satisfaire ses besoins de façon adéquate.  Sans cette personne clé qui nous aide à supporter le quotidien de la vie et nous donne le courage de continuer notre route, nous commençons à satisfaire nos besoins de façon irréaliste.  Ceci peut entraîner l'éclosion de symptômes anxieux et aller jusqu'au refus complet de la réalité.

Les besoins essentiels  

Quels sont les besoins essentiels à l'être humain ?  D'abord il y a les besoins d'ordre physiologiques et de repos.  Ceux-ci ne varient pas selon les cultures, il sont inhérents à la race humaine.  Ce ne sont généralement pas à ces besoins que s'intéresse la psychiatrie.  L'essentiel de la "thérapie par le réel" c'est plutôt d'aider le patient psychiatrique à satisfaire deux besoins d'ordre psychologique:  le besoin d'aimer et d'être aimé, et le besoin de sentir que nous sommes utiles à nous-mêmes et aux autres.

Selon le Dr Glasser, de la naissance jusqu'au vieillissement et à la mort, le besoin d'aimer et d'être aimé est constant.   Tout au long de notre vie notre santé et notre bonheur dépendra de notre capacité à satisfaire ce besoin.  Il ne suffit pas d'aimer ou d'être aimé uniquement, les deux doivent se réaliser sinon nous vivons de l'inconfort, de l'angoisse, de la dépression, etc.

De la même façon se sentir utile à soi‑même et aux autres est un autre besoin essentiel.  Certains diront qu'aimer permet quelquefois d'être utile mais l'amour ne signifie pas accepter tout de l'autre et la façon de satisfaire ces besoins psychologiques doit demeurer responsable et réaliste. 

La plupart des personnes ayant recours aux traitements psychiatriques n'ont pas réussi à satisfaire ces deux besoins psychologiques essentiels.  De plus, elles n'avaient pas dans leur entourage une personne qui s'intéressait vraiment à elles et qui aurait pu les aider. 

A travers la "thérapie par le réel" le thérapeute sera cette personne qui s'intéressera vraiment au malade et l'accompagnera dans une prise de responsabilité progressive.  Le thérapeute dans son intervention confrontera le patient à la réalité en mentionnant que nous devons tous satisfaire nos besoins en tenant compte de la réalité environnante et des vrais possibilités.  Il discutera aussi la notion du bien et du mal pour permettre au patient de tenir compte des normes sociales et de la moralité dans l'apprentissage d'une façon plus adaptée de satisfaire ses besoins.

Maladie mentale ou irresponsabilité 

Nous allons maintenant détailler de quelle façon la "thérapie par le réel" se distingue des postulats généralement admis en psychothérapie traditionnelle et en psychiatrie.

La distinction la plus importante repose sans doute sur le fait que la psychiatrie conventionnelle croit fermement que la maladie mentale existe, que les gens qui en sont atteints peuvent être classés de façon significative et que l'on doit les traiter d'après les catégories diagnostiques.  Cette équation est incompatible avec la pratique de la thérapie par le réel.   Selon le Dr Glasser "les gens n'agissent pas de façon irresponsable parce qu'ils sont malades; ils sont malades parce qu'ils agissent de façon irresponsable". 

Il est important que le patient ne puisse se lier avec le thérapeute en tant que malade mental qui ne porte pas la responsabilité de son comportement. Situer les causes des problèmes du patient dans la maladie contribue à le rendre victime de son état.  Dans cette situation le patient se considère comme le récepteur d'une aide extérieure et peu de progrès est effectué.

Dans la thérapie par le réel, il n'y a pas de différence dans le traitement des différents problèmes psychiatriques car ceux-ci ne sont que des façons différentes d'exprimer un comportement irresponsable.  Il y a sous le titre de maladie mentale de nombreux diagnostics tels que:  schizophrénie, névrose, dépression, troubles de la personnalité et troubles psychosomatiques, chacun décrivant une sorte de comportement irresponsable.  Pour le Dr Glasser ces différents termes décrivent seulement ce que le patient a pu faire de mieux dans son effort pour satisfaire ses besoins.  Ainsi le diagnostic n'est pas nécessaire au traitement car c'est l'irresponsabilité qui doit être traitée.

La vie passée du malade 

La psychiatrie traditionnelle soutient qu'une des parties essentielles du traitement consiste à pénétrer dans le passé du malade et à chercher les racines psychologiques de son problème parce qu'une fois que le malade comprend clairement ses racines, sa compréhension peut l'aider à modifier son attitude envers la vie.  A partir de ce changement d'attitude, il peut développer des modèles de vie plus réalistes qui résoudront ses difficultés psychologiques.  William Glasser considère que l'étude du passé peut être importante car elle fournit de l'information contribuant à développer des généralisations psychologiques.  Mais cette information a peu de rapport avec la thérapie.  L'histoire détaille simplement à l'infini les tentatives infructueuses du patient pour satisfaire ses besoins.  Quel intérêt y-a-t-il à savoir que vous avez peur de vous affirmer parce que vous avez eu un père dominateur ?  Le patient et le thérapeute peuvent tous deux connaître cette circonstance et en discuter pendant des années mais cette connaissance n'aidera pas le patient à s'affirmer dans le présent.

Traditionnellement, le thérapeute a toujours beaucoup compté sur l'aptitude du patient à changer son attitude et finalement son comportement, en prenant connaissance de ses conflits inconscients et de son inadaptation.  En thérapie par le réel, c'est le comportement qui importe, on ne compte pas sur la compréhension pour changer les attitudes car la plupart du temps elles ne changeront jamais.  Le thérapeute par le réel utilisera son lien avec le patient pour lui apprendre de meilleurs modèles comportementaux.  Son attitude changera qu'il comprenne ou non sa nouvelle façon d'être et sa nouvelle attitude favorisera un changement ultérieur du comportement.

Le transfert 

En utilisant le concept appelé transfert, le thérapeute conventionnel revit avec le malade ses difficultés passées et lui explique ensuite comment il est en train de répéter le même comportement inadapté dans la relation thérapeutique.  Grâce aux interprétations du thérapeute le client peut pénétrer son passé. Il pourra abandonner ses attitudes anciennes et apprendre à améliorer ses rapports avec les autres.  Dans la thérapie par le réel le thérapeute entre en relation avec le patient en tant que personne et non en tant que figure de transfert.  Selon le Dr Glasser, les patients relevant de la psychiatrie ne cherchent pas à répéter des liens manqués présents ou passés.  Ils cherchent un lien humain authentique grâce auquel ils pourront satisfaire leurs besoins.  Le thérapeute pour favoriser l'établissement de ce lien doit donc rejeter le concept non-thérapeutique de transfert, se lier avec le patient en tant que personne nouvelle et distincte et apprendre au patient, au moyen de ce nouveau lien, à satisfaire ses besoins dans le monde réel du présent.

L'inconscient 

L'approche analytique a toujours suggéré que les conflits mentaux inconscients sont plus importants que les problèmes conscients.  Les faire connaître au malade à l'aide de l'interprétation des rêves, du transfert et d'associations libres est nécessaire au succès de la thérapie.  Toutefois l'établissement du lien thérapeutique de la thérapie du réel ne peut s'établir et viser la responsabilisation du patient si on le laisse se livrer en excusant son comportement sur la base de motivations inconscientes.  Le Dr Glasser constate que comme tout le monde les patients psychiatriques ont sûrement des raisons inconscientes de se conduire comme ils le font.  Mais faire de la thérapie ne signifie pas faire la recherche des causes du comportement humain.   Même si un client connaît la raison inconsciente de chaque geste qu'il pose, il ne change pas nécessairement son comportement parce que le fait de connaître les causes ne le conduit pas à la satisfaction de ses besoins.  En somme, mettre l'accent sur l'inconscient éloigne le patient de son irresponsabilité et lui donne une autre bonne excuse pour éviter de faire face à la réalité.   

Un comportement moral 

En considérant l'existence de la maladie mentale, le thérapeute traditionnel évite scrupuleusement le problème de la moralité à savoir:  le comportement du malade est-il bon ou mauvais ?  Le comportement déviant est considéré comme un sous-produit de la maladie et le malade ne peut ainsi en être tenu pour moralement responsable parce qu'il est considéré comme ne pouvant rien y changer.  Cependant pour le thérapeute par le réel, mettre l'accent sur la moralité du comportement et affronter la notion du bien et du mal, renforce le lien.  Toute la société est basée sur des considérations d'ordre moral et si les personnes importantes de la vie du patient, comme le thérapeute, ne s'occupent pas de savoir si son comportement est bon ou mauvais, la réalité ne peut lui être inculquée.

Glasser croit que pour faire cesser un comportement insatisfaisant, le malade doit pouvoir satisfaire ses besoins de façon réaliste et responsable.  Pour y arriver, le patient doit faire face au monde réel qui l'entoure et ce monde inclut des normes de comportement.  Le rôle du thérapeute est de confronter les comportements du patient à ces normes et lui faire juger la qualité de ce qu'il fait. Si les patients psychiatriques ne jugent pas leur propre comportement ils ne changeront pas.

Le Dr Glasser est conscient des critiques et des arguments contre l'introduction de la morale en psychothérapie.  Il ne prétend pas avoir découvert la clé du bien universel ou être expert en matière d'éthique, toutefois il demeure convaincu que le thérapeute au mieux de son aptitude en tant qu'être humain responsable, doit aider les patients à arriver à une décision concernant la qualité morale de leur comportement.

Le thérapeute : un enseignant  

L'enseignement ne fait pas partie des rôles du thérapeute conventionnel qui considère que le malade apprendra lui-même de nouvelles façons de se conduire lorsqu'il comprendra les origines à la fois historiques et inconscientes de son problème.  Dans la thérapie par le réel on apprend au patient de meilleures façons de répondre à ses besoins.  Le lien nécessaire ne sera pas maintenu si nous n'aidons pas le patient à découvrir des modèles de comportement plus satisfaisants.  Cette partie est le centre de l'intervention du thérapeute par le réel.  La thérapie ne s'arrête pas avec la connaissance du problème.  L'affrontement de la réalité est une étape importante mais le patient doit apprendre à satisfaire ses besoins dans le monde réel et chaque occasion qui se présente est favorable à cette éducation.  En fait, une fois que le lien est crée et la réalité affrontée, la thérapie devient une sorte de programme éducatif.  Le patient apprend à vivre plus efficacement ce qui se fait mieux et plus rapidement si le thérapeute accepte le rôle de professeur.

Conclusion 

La thérapie par le réel nous fournit une perception innovatrice de la réalité du malade psychiatrique.  Partant d'une théorie expliquant l'inadaptation du malade et son incapacité à satisfaire ses besoins, cette approche se dissocie des principaux postulats de la pratique de la psychiatrie ou de la psychothérapie conventionnelle.  Le rôle du thérapeute prend dans cette approche des proportions importantes où il doit interagir comme personne et favoriser l'établissement d'un lien qui sera le moyen privilégié pour permettre au patient de reprendre progressivement sa responsabilité.

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01 octobre 2007

Un traitement qui n’aurait jamais dû naître…

        Le traitement par électrochoc consiste à envoyer des décharges électriques de 100 à 200 volts à travers le cerveau, afin de produire une grande crise d’epilepsie. C’est Ugo Cerletti, professeur de psychiatrie à l’université de Rome, qui est à l’origine de ce traitement plus que douteux. A cette époque, les médecins pensaient que les personnes épileptiques ne pouvaient pas être schizophrènes (ce qui s’est révélé plus tard, être tout à fait faux !). C’est en assistant au massacre éléctrique d’un cochon dans un abbatoir, que ce professeur eut l’idée de provoquer des crises épileptiques artificielles, aux personnes schizophrènes. C’est donc à partir d’une affirmation non fondée qu’est né un nouveau traitement : l’éléctrochoc (ou « sismothérapie » pour que ça passe mieux…). D’abord utilisé chez les personnes schizophrènes, il est aujourd’hui essentiellement utilisé chez les personnes en phase aggravé ou chronique de dépression.

Effets secondaires des électrochocs, d’après l’encyclopédie médico-chirurgicale :
1) Les troubles mnésiques et confusionnels
2) Les accidents neuropsychiatriques
3) L'épilepsie
4) Les syndromes confusionnels
5) Les troubles de la mémoire
6) Anxiété due au traitement

Le risque de mortalité après le traitement est bien réel et le risque suicidaire doublé.

Nous sommes en 2007, comment peut-on encore utilisé ce type de traitement barbare fondé sur une affirmation fausse, en ayant conscience de tous les effets secondaires qu’il implique ? Sans oublier que les éléctrochocs ont été inventé dans le but de soigner la schizophrénie et qu’ils sont aujourd’hui utilisés contre la dépression (incohérence !). Ce traitement n’est fondé sur rien et ne soigne rien non plus, en revanche il rend la personne amnésique de façon partielle. Faire oublier les soucis du patient en lui provoquant des troubles de la mémoire, est-ce là la réussite du traitement ? Ugo Cerletti, lui-même, a dit après avoir vu les effets de la sismothérapie : « Lorsque j’ai vu la réaction du malade, j’ai pensé en moi-même : "cela devrait être interdit ! ". Et, depuis ce jour, je n'ai cessé d'appeler de mes voeux le temps où une autre forme de traitement remplacerait l'électrochoc. »

Quelques témoignages :

« Quel est le sens d’avoir ruiné ma tête et effacé ma mémoire, qui est mon capital, et ainsi m’enpêcher de travailler ? C’était une cure brillante mais nous avons perdu le patient. » Ernest Hemingway, écrivain, prix Nobel, se suicida après avoir terminé un traitement aux électrochocs.

Témoignages recueillis lors des manifestations devant les hôpitaux français :

Une dame de 50 ans déclare avoir subi des ECT il y a quelques années. « J’étais jeune, environ 20 ans, j’ai dû faire face à une déception amoureuse. J’étais malheureuse. J’ai atterri chez un psychiatre. C’était horrible : tous les matins on venait me chercher pour la séance d’électrochocs. Cela a duré des semaines. Inutile de vous dire que quand je suis sortie au bout de plusieurs mois, j’étais vidée. J’ai eu un mal fou à avoir une activité salariée. Aujourd’hui soit des années après, je souffre de migraines permanentes et violentes sur la moitié droite du crâne. »

Témoignage de Maïté L. Elle fait une dépression nerveuse suite à une déception sentimentale. Elle entre dans une maison de santé privée pour une cure de sommeil. Cependant, elle a toujours des insomnies. Le docteur affole ses parents qui l'amènent à Sainte-Anne. En deux mois, elle a 14 électrochocs sous anesthésie et contre son gré. Alors qu'elle était professeur de philosophie et parlait trois langues, elle se rend compte qu'elle ne parle plus que le français. Ses pertes de mémoire sont énormes. Elle ne se rappelle plus de grandes périodes de sa vie. De plus, elle a perdu tout sens de l'orientation et se retrouve souvent dans une direction opposée de celle où elle voulait aller. Son élocution est aussi très lente. En revanche, elle a toujours ses insomnies.

Témoignage de Claire M. Son mari la trompe. Il veut se débarrasser d'elle et la fait passer pour folle. Elle est internée dans un hôpital psychiatrique et tente de s'en échapper. Mais elle est rattrapée et l'électrochoc est utilisé comme punition. Voici le témoignage de ce moment: « ... c'est alors que les infirmières en branle bas de combat m’ont attachée au lit et que l'une d'elle a pratiqué une seconde anesthésie. Les jours suivants, je me suis éveillée et je constatais des marques bleues sur tout le côté droit, le bras puis la main complètement paralysés. Je ne pouvais parler, je ne me souvenais plus de rien » .Après sa sortie de l'hôpital psychiatrique, elle dit, en parlant de son mari qui avait obtenu ce qu'il voulait: « Michel pouvait délibérément conduire sa nouvelle vie sans crainte aucune. J'étais amnésique ! »

Docteur Thomas SZASZ, Professeur de psychiatrie à l'université de Syracuse de New York :

« Je ne l'ai jamais utilisé et je ne voudrais jamais l'utiliser. Je ne peux même pas imaginer que je pourrais le recommander. Si quelqu'un me questionnait à ce sujet, j'avancerais que les neurologues font tout leur possible pour empêcher des attaques chez les personnes qui sont atteintes d’épilepsie, car chaque fois qu'une personne a une attaque, son cerveau est endommagé. Cependant, les psychiatres affirment que le fait de provoquer une attaque est une forme de traitement. Mais alors, l'histoire de la médecine est rempli d'exemples de ce qu'on appelle des cures qui étaient en fait nuisibles ».

Dr Breggin, Psychiatre :

« Depuis 40 ans, on a accumulé une masse impressionnante de preuves qui démontrent que l'électrochoc endommage le cerveau et entraîne son dysfonctionnement. » « Une convulsion généralisée laisse l'être humain dans un état où tout ce qui contribue à faire sa personnalité a été anéanti. La stupeur, la confusion et le dysfonctionnement mental total dont le sujet est atteint après un seul électrochoc sont tels qu'il est incapable d’écrire correctement son nom pendant les 20 à 30 minutes qui suivent le traitement. »

A méditer !!!

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14 septembre 2007

Brève présentation de l'antipsychiatrie

L’antipsychiatrie est « un mouvement philosophique et médical critiquant la conception classique de la folie. C’est une théorie psychiatrique qui s'oppose à la psychiatrie classique et interpréte plutôt la maladie mentale dans une perspective sociologique. »

Elle est née dans les années 1960 avec notamment Ronald Laing, David Cooper, Franco Basaglia, Lucien Bonnafé, Michel Foucault et d’autres encore… Le psychiatre américain Thomas Szasz, a d’ailleurs écrit un livre très engagé contre sa propre institution, ce qui lui a valu de nombreuses critiques de la part de ses collègues, mais a permis de faire évoluer les théories et pratiques de l’antipsychiatrie.
        L’antipsychiatrie est composée de différents courants de pensée. Pour certains, l’asile doit disparaître afin que les malades soient traités comme tout le monde et puissent garder leurs droits de citoyens.
        Pour d’autres, la psychiatrie est une institution politique et/ou religieuse médicalisée, qui plutôt que de résoudre les problèmes des patients, cherchent à changer leurs comportements dérangeant qui posent problème dans la société.
        Enfin, pour certains, la psychiatrie repose sur l’opposition « normal/pathologique », qui tend à créer une norme auquel tout le monde doit se conformer sous peine d’être rejeté.

        Les antipsychiatres tentent donc de lutter contre ses « normes » ainsi que contre les traitements médicamenteux qui apportent beaucoup d’argent à l’industrie pharmaceutique mais laissent des séquelles terribles aux patients, les internements forcés qui ont beaucoup augmenté entre 1992 et 1997 (70% d’augmentation), les méthodes de traitements telles que les éléctrochocs ou encore la lobotomie. Ils ont donc mis en place des « pratiques visant à socialiser et à gérer collectivement la souffrance et la santé » ainsi qu’à lutter contre un système qui « nous rend malade ». Pour eux, la psychiatrie est réellement dangereuse car elle détient beaucoup de pouvoir et de contrôle et tend à étiqueter des personnes parfois saines, de « malades mentales ».  

        Ces théories ont influencé l’émergence d’une nouvelle approche en psychologie : « les thérapies systémiques familiales » qui eux, prennent en compte l’environnement familial et social du patient pour résoudre ses conflits internes. Selon cette approche, la personne souffrante n’est que le symptôme d’un problème au niveau de la structure familiale et qu’il faut donc régler les conflits à ce niveau là. Dans un sens plus large, le « malade mental » montre en réalité que c’est la société elle-même qui est à changer et non le malade car c’est là que réside vraiment le problème.

Ouvrages sur le même thème :

David Cooper, Psychiatrie et antipsychiatrie, Seuil, 1978
Ronald Laing, La politique de la famille, Stock, 1972
Thomas S. Szasz, Le mythe de la maladie mentale, Payot, 1975
Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique, Gallimard, 1972.

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13 septembre 2007

Article 7 : Entendre des voix

        Le phénomène des "voix" est très répandu parmi les personnes considérées comme "psychotiques" ou "schizophrènes". Les psychiatres appellent cela les "hallucinations auditives".

        On a l'impression qu'un haut-parleur s'est enclenché dans une pièce où l'on se trouve seul. Et on ne réalise pas forcément que ces voix viennent de nous. Qu'une partie refoulée de notre personnalité s'adresse à la partie consciente. On imagine que ces voix sont celles de "fantômes". Ou qu'elles sont "la voix de Dieu"...
        Un femme m'a raconté qu'un tel phénomène s'était produit alors qu'elle approchait la cinquantaine. Les voix lui suggéraient, par exemple, qu'elle devait quitter son mari.
        "J'ai alors eu l'idée de les tester, ces voix. Je leur posais des questions précises, portant sur des choses que je pouvais vérifier, mais que je ne savais pas au moment où je posais la question. Elles me répondaient, mais en se trompant. J'ai alors cessé de leur prêter attention".
        En dépit de ses voix, cette femme est parfaitement équilibrée. Aller voir un psychiatre en raison de ce problème ne lui serait même pas venu à l'idée.
        Des groupes "d'entendeurs de voix" sont apparus depuis quelques années. Les personnes concernées par ce phénomène s'y réunissent pour échanger leurs expériences et trouver le meilleur moyen de vivre avec.

        Les psychiatres, quant à eux, proposent souvent des neuroleptiques aux entendeurs de voix. Mais selon les patients, l'efficacité de ces médicaments est, dans ces cas, limitée. Bien souvent, les voix subsistent. "On les entend moins fort, c'est tout", disent certains.

Texte écrit par "Schizophrène anonyme" dans son ex site "fous rebelles".

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12 septembre 2007

Article 6 : Faut-il craindre les patients psychiatriques ?

Pourquoi les personnes "schizophrènes" doivent être jugées comme les autres.

        Les tenants de la psychiatrie coercitive agitent depuis peu un argument massue pour justifier les traitements forcés: ils affirment que la schizophrénie peut conduire à la violence, et que les traitements forcés seraient donc nécessaires à la sécurité des personnes vivant en contact avec des schizophrènes.
        Aux États-Unis, deux figures de proue de la psychiatrie coercitive, Sally Satel et E. Fuller Torrey, se sont récemment fendus de déclarations dans ce sens, citant diverses statistiques.
        En tant qu'auteur du Site "Fous Rebelles", je ne puis me dérober à cette responsabilité: s'il était vrai que lutter contre les traitements forcés revenait à aggraver les risques encourus par les personnes vivant au contact de patients psychiatriques, je me devrais de modifier le contenu de ce site, voire de le supprimer.
        Je pourrais bien entendu évacuer le problème en rappelant qu'il existe des études statistiques démontrant exactement le contraire de ce qui est affirmé plus haut. Mais ce serait trop facile, et malhonnête de ma part: je n'ai qu'une foi très limitée dans les démonstrations basées sur des statistiques. Il est trop aisé de manipuler les chiffres pour leur faire dire ce que l'on veut. Et en matière de schizophrénie, toute statistique est sujette à caution, en raison de l'ambiguïté de la définition de "schizophrène".
        Pour donner un exemple brutal: les "tueurs en série" (ou "serial killers" pour reprendre le terme anglais), ces personnes perverses tuant pour le plaisir qu'elles y trouvent, ne sont pas forcément étiquetées comme schizophrènes. Voici un peu plus d'une dizaine d'années, en Suisse, l'auteur d'une série de crimes abominables commis sur des enfants avait été jugé "sain sur le plan psychique" par les médecins qui l'avaient interrogé avant sa comparution en justice. Cet homme, en effet, était capable de discernement, et conscient du mal irréparable qu'il avait infligé. La perversité qui l'avait conduit à commettre ces crimes n'était pas constitutive de schizophrénie.
        Ce diagnostic m'avait réjoui: j'aurais trouvé inacceptable que cet homme pût bénéficier d'une absurde circonstance atténuante en raison d'une prétendue "schizophrénie".
        Le fait que des non-schizophrènes puissent commettre des actes abominables ne signifie cependant pas que les personnes étiquetées comme "schizophrènes" soient incapables d'en faire de même.
        En l'an 2000, deux cas de violences commises par des schizophrènes avaient été soumis à la justice genevoise. Un homme traité depuis des années, qui refusait depuis quelques temps de prendre ses neuroleptiques, avait agressé une jeune femme à coups de couteau dans un parc public. Quelques jours plus tard comparaissait un autre patient, qui refusait également ses médicaments, et qui avait agressé au couteau un chauffeur de taxi, simplement parce que celui-ci était étranger. Les victimes avaient survécu. Dans les deux cas, les avocats des accusés plaidaient pour que le handicap psychique de leurs clients compte comme circonstance atténuante...
        Bien entendu, certaines personnes se demandaient alors s'il n'aurait pas été préférable que ces deux patients aient été forcés de prendre leurs médicaments.
        L'on peut comprendre que des personnes connaissant peu le problème soient de cet avis. Et si l'on me pose la question: "Ces deux hommes auraient-ils commis ces délits s'il avaient été forcés de se soumettre à des injections de neuroleptiques", je répondrais: "Peut-être pas". L'effet sédatif des neuroleptiques auraient effectivement pu empêcher qu'ils commettent des crimes aussi absurdes.
        Maintenant, si l'on me demande ce qui se serait passé si ces deux personnes n'avaient jamais eu à prendre de neuroleptiques, je répondrais, que dans ce cas il y aurait eu de fortes chances pour qu'ils ne commettent jamais de tels crimes. Pour avoir pris ces médicaments, je sais à quel point ils détériorent notre personnalité, notre sens moral. Et cet effet peut subsister après l'arrêt du traitement.
        Une chose est sûre: ces deux personnes avaient été traitées, et ce traitement s'est en définitive relevé inefficace. Forcés un temps de prendre leurs médicaments, il avaient cessé de le faire parce que, comme tant d'autres, ils ne le supportaient pas.
        Ajoutons maintenant que ce problème est tout de même marginal: de nombreux patient psychiatriques ne sont tentés en rien par la violence gratuite.
        Quant à la question de savoir si la généralisation des traitements forcés serait une réponse au problème de la violence des patients, ma réponse est claire: non. Au contraire: plus les traitements forcés se généraliseraient, plus les principaux intéressés se révolteraient. Certains s'échapperaient pour ne pas subir les neuroleptiques...
        A mon avis, il n'existe qu'une réponse, une seule, au problème de l'éventuelle violence de certains patients psychiatriques :

LES PATIENTS PSYCHIATRIQUES DOIVENT ÊTRE JUGÉS COMME LES AUTRES S'ILS COMMETTENT CRIMES ET VIOLENCES.

        En cas de procès, le "handicap psychique" ne doit pas être invoqué comme circonstance atténuante. Un criminel est un criminel, "schizophrène" ou non.
        Aucun patient psychiatrique ne doit croire que sa condition diminue ses responsabilités.

        D'autre part, UNE PERSONNE SCHIZOPHRÈNE NE DOIT PAS ÊTRE CONSIDÉRÉE, À PRIORI, COMME UNE PERSONNE POTENTIELLEMENT VIOLENTE ET CRIMINELLE.
J'ai eu l'impression d'enfoncer une porte ouverte en développant les arguments ci-dessous. Mais les propos des partisans des traitements forcés sont parfois tellement démagogiques qu'il me fallait donner une bonne fois pour toutes mon point de vue à ce sujet.

     Nous conseillons la prudence aux personnes décidant interrompre un traitement aux neuroleptiques. Il est parfois préférable de réduire les doses progressivement. L'aide d'un médecin compréhensif peut être utile.

Texte écrit par "Schizophrène anonyme" dans son ex site "fous rebelles".

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Article 5 : Quand la médecine rend malade - les aberrations de l'économie moderne.

Article paru en avril 2000 dans «La feuille de trèfle», un journal de rue genevois, distribué par des sans-abri.

         Nombre de maladies tropicales restent sans remède. Les compagnies pharmaceutiques préfèrent investir dans des médicaments psychotropes destinés aux pays riches. 

        Les pauvres de ce monde souffrent de maladies contre lesquelles les chercheurs n'ont pas jugé utile de mettre au point des remèdes. Des maux comme la cécité des rivières ou la maladie du sommeil affectent des populations ayant très peu de moyens, ce qui fait que de tels médicaments seraient peu lucratifs. Mais les laboratoires des grandes compagnies pharmaceutiques investissant des sommes importantes pour développer des médicaments neuroleptiques, des antidépresseurs, des tranquillisants, ou d'autres substances censées rendre "heureux" les habitants des pays riches.
        Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 56 milliards de dollars sont investis chaque année pour la recherche médicale. Mais moins de 10 % de cette somme sont investis pour remédier à des maladies affectant 90 % de la population terrestre (Source: hebdomadaire "The Economist", 14 août 1999).
        Entre 1975 et 1997, 1223 nouveaux médicaments ont été mis sur le marché. Mais, selon Patrice Toullier, de Médecins Sans Frontières, seuls 11 de ces derniers étaient conçus pour remédier à des maladies tropicales.
        Les marchés du monde développé sont autrement plus intéressants pour les compagnies. Et certains médicaments sont plus lucratifs que d'autres, les plus intéressants étant ceux que le patient doit prendre sur de longues périodes - voire à vie.
        A cet égard, les neuroleptiques, prescrits aux personnes considérées comme psychotiques, sont particulièrement lucratifs: on les prend toujours pour des longues périodes, et souvent à vie. En effet ces médicaments ne guérissent aucunement le mal auquel ils sont censés remédier. Ils agissent comme des camisoles chimiques, peuvent donc calmer une personne en situation de crise, mais ne sont - dans le meilleur des cas - que des béquilles.
        Ils ont, de plus, une caractéristique paradoxale: la grande majorité des patients les supportent mal, très mal. Parce qu'ils infligent des souffrances difficilement descriptibles, physiques et morales.
        Les neuroleptiques peuvent engendrer des séquelles terribles: 2 à 3 % des patients traités souffriront, à vie, d'une affection des nerfs chronique, la dyskinésie tardive, qui se caractérise, chez le patient, par des contractions involontaires du visage et des membres.
        Les médecins ont longtemps tenté de minimiser, voire de nier, cette réalité. Pendant des décennies, des personnes ont été, souvent contre leur gré, soumis à des traitements dangereux pour leur santé, terriblement désagréables (les ex-patients sont quasi-unanimes à ce sujet), sans vraie nécessité (nombre de personnes étiquetées psychotiques ne sont pas réellement malades, mais simplement sujettes à une crise d'origine principalement psychologique).
        Aujourd'hui, pourtant, on constatera que nombre de médecins admettent que les neuroleptiques sont réellement dangereux... tout en ajoutant que de nouveaux médicaments, les soi-disant "neuroleptiques atypiques", ne présentent plus ces risques.
        Faut-il les croire? Ou peut-on craindre une collusion entre les psychiatres et l'industrie pharmaceutique?
        Une chose est sûre: l'on fait des recherches coûteuses pour infliger des traitements contestables aux soi-disant "psychotiques" des pays riches, dont l'état n'est, d'une point de vue médical, absolument pas maladif. Alors que sous les tropiques, des maladies tout ce qu'il y a de plus réelles continuent à faire des ravages, et que trouver des remèdes contre elles serait bien moins difficile, et moins coûteux, que les recherches sur les neuroleptiques et autres psychotropes.

Morale et logique économique ne font pas toujours bon ménage...

Article figurant dans l'ex site www.alterpsy.org.

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Article 4 : Rémission spontanée d'une Schizophrène.

Une belle histoire qu'aucun journal de psychiatrie ne publiera jamais. 

Par Al Siebert, Ph.D.

        Depuis que le concept de schizophrénie a été inventé, au début du vingtième siècle, par Eugen Bleuler, les psychiatres ont été frustrés dans leurs efforts pour comprendre et traiter cette maladie. Aujourd'hui, parce qu'il s'est avéré que 20 % des personnes ayant été diagnostiquées schizophrènes ont des ventricules cérébraux élargis, beaucoup de psychiatres croient que le problème est neurobiologique.
        Le psychiatre E. Fuller Torrey, par exemple, dit que «les maladies mentales sérieuses sont des désordres neurobiologiques du cerveau. Ces maladies peuvent dès lors être rangées dans la même catégorie que des troubles tels la maladie de Parkinson, celle d'Alzheimer, ou encore la sclérose en plaques. (Out of Shadows, par E, Fuller Torrey, 1997, page 5).
        La croyance, largement répandue, qu'une personne diagnostiquée «schizophrène» est atteinte d'une maladie incurable d'origine neurobiologique, a conduit le courant dominant de la psychiatrie à rejeter tout élément pouvant contredire cette supposition.
        L'histoire qui suit, qui raconte la guérison rapide d'une jeune femme diagnostiquée comme atteinte d'une « schizophrénie paranoïaque aiguë», a été refusée par toutes les publications psychiatrique ou psychologiques auxquelles son auteur l'a proposée.       
        Voici quelques années, cette histoire a malgré tout été publiée dans un journal régional, en tant que premier d'une série de cinq articles sur le sujet. Les quatre articles suivants n'ont pas paru parce que des psychiatres de la région ont fait pression.
        J'ai raconté cetteanecdote lors d'une conférence. M. Fuller Torrey, qui y était présent, a dit que c'était, de ma part, une « attaque contre la psychiatrie » (Out of Shadows, par E, Fuller Torrey, 1997, pages 147-148).

Jugez-en par vous-mêmes...

La mère du second sauveur

        Lorsque je travaillais comme psychologue pour l'institut Neuropsychiatrique de l'université du Michigan, j'ai eu l'occasion de faire une interview expérimentale d'une jeune femme de 18 ans, chez qui l'on avait diagnostiqué une «schizophrénie paranoïaque aiguë». Ses parents l'avaient conduite à la clinique parce qu'elle affirmait que Dieu lui parlait.
        Son état demeurait inchangé durant plusieurs semaines. Elle était en retrait. Elle ne voulait participer à aucune activité, et ne parlait ni au docteur, ni aux nurses.
        Le psychiatre superviseur avait décidé de la transférer dans l'hôpital d'état d'Ypsilanti, au Michigan. L'opinion de l'équipe soignante était que, vu qu'elle souffrait d'une grave «schizophrénie paranoïaque», elle passerait probablement le reste de sa vie dans un hôpital d'Etat.
        Je demandais au médecin de la fille l'autorisation de l'interviewer, et de procéder à quelques tests psychologiques avant qu'elle soit transférée. Il me dit que je pouvais essayer, mais qu'il ne croyait pas que mes efforts produiraient des résultats.
        Je convins donc de rencontrer la fille, que j'appellerais Molly, le lendemain matin dans la salle à manger. J'emmenais mon kit de test d'intelligence Wechlser et des cartes Bender - Gestalt. Je disposais le matériel sur la table et attendis dans la salle à manger que l'infirmière amène Molly. Elle était de taille moyenne et semblait avoir un léger excédant de poids. Elle n'était pas maquillée. Ses cheveux châtain lui arrivaient aux épaules, et avaient besoin d'être lavés. Elle portait des habits de coton usé. Lorsque la nurse nous présenta l'un à l'autre, Molly me lança un regard furtif, mais ne dit rien. Je pouvais toutefois sentir l'attention qu'elle me portait. Elle paraissait effrayée et seule.
        Je la fis s'assoir à une extrémité de la table et m'assis à son côté. Au lieu de lui parler, je lui fis copier des dessins Bender-Gestalt. Elle coopéra et fit ce que je lui demandais. Et lui donnais occasionnellement une brève approbation. Elle suivit exactement mes instructions, travaillant à un bon rythme. Lorsqu'elle eut fini, je la lançais dans le test de dessin de WAIS. Elle était de moins en moins tendue. Finalement, elle osa me regarder prudemment dans les yeux. Lorsque nos regards se rencontrèrent, je lui souris en disant « hello! ».

Elle rougit et incline la tête, mais je sens que le courant passe. Je peux commencer une conversation avec elle.

Moi: Molly... (elle me regarde) ... je suis curieux à propos d'une chose. Pourquoi êtes-vous dans un hôpital psychiatrique ?
Molly: Dieu m'a parlé et m'a dit que j'allais donner naissance à un second sauveur.
Moi: C'est possible, mais pourquoi êtes-vous ici, dans cet hôpital ?
Molly: (intriguée) Ben, ce sont des paroles de folle !
Moi: Selon qui ?
Molly: Quoi ?
Moi: Lorsque Dieu vous a parlé, vous avez cru que vous étiez folle ?
Molly: Oh, non. Ils ont dit que j'étais folle.
Moi: Pensez-vous que vous êtes folle ?
Molly: Non, mais je le suis, n'est-ce pas ? (ironique).
Moi: Si vous le dites sous forme de question, je vais vous répondre.
Molly: Pensez-vous que je suis folle ?
Moi: Non.
Molly: Mais cette chose n'aurait pas pu arriver, ou bien ?
Moi: En ce qui me concerne, vous êtes la seule personne à savoir ce qui se passe dans votre esprit. Au moment où ça s'est produit, ça vous a semblé réel ?
Molly Oh, oui ! (avec emphase).
Moi: Dites-moi ce que vous avez fait après que Dieu a parlé avec vous.
Molly: Que voulez-vous dire ?
Moi: Avez-vous commencé à tricoter des habits pour le bébé, par exemple ?
Molly: (rires) Non, mais j'ai emballé mes habits, et plusieurs fois, j'ai attendu près de la porte.
Moi: Pourquoi ?
Molly: Je croyais que j'allais être emmenée quelque part.
Moi: Et vous n'avez pas été emmenée là où vous vous attendiez, n'est-ce-pas ?
Molly: (En riant) Non !
Moi: Il y a une chose au sujet de laquelle je suis curieux...
Molly: Oui ?
Moi: Pourquoi Dieu vous a-t-il choisie, vous, parmi toutes le femmes du Monde, pour être la mère du second sauveur ?
Molly: (Avec un large sourire) Vous savez, je me suis également posé la question !
Moi: Qu'est-ce qui s'est produit dans votre vie avant que Dieu ne vous ait parlé ?

        Molly est alors devenue soudainement très bavarde. Pour répondre à cette dernière question, elle a parlé durant 30 minutes...
Elle était un enfant unique qui avait désespérément tenté de gagner l'amour de ses parents. Ils ne lui en donnaient qu'un peu de temps en temps. Juste assez pour lui donner l'espoir d'en recevoir plus. Elle participait d'elle-même au ménage, cuisinant et nettoyant. Puisque son père avait été musicien, elle s'était jointe à l'orchestre de l'école. Elle pensait que cela lui plairait. Elle s'était entraînée avec assiduité, et quand elle fut promue au premier rang dans la section clarinette, elle avait espéré que son père serait fier d'elle. Ma la réaction de son père avait été de briser la clarinette sur la table de la cuisine en lui disant: « tu ne vaudras jamais rien ».
        Après avoir terminé sa "high school", Molly est entrée dans une école d'infirmières. Elle a choisi cette profession parce qu'elle espérait qu'à l'hôpital, les patients apprécieraient ce qu'elle ferait pour eux.
        Son premier passage dans un hôpital a été une expérience décevante. Les deux femmes dont elle a reçu la charge l'ont critiquée. Rien de ce qu'elle faisait pour elles n'était apprécié. Il lui a semblé que le monde s'écroulait.
        Elle a voulu se réconforter auprès de son petit ami, mais il lui a dit de rentrer à la maison et de lui écrire. Qu'ils pouvaient rester amis mais qu'il voulait sortir avec d'autres filles...

Moi: comment vous êtes-vous sentie après ça ?
Molly: horriblement seule.
Moi: Ainsi, votre père et mère ne vous aimaient pas, les patientes vous critiquaient et ne vous aimaient pas, et votre petit ami voulait que vous soyez seulement amis. Ce qui vous a fait vous sentir seule et triste.
Molly: (avec dépit) Oui, il me semblait qu'il n'y avait personne au monde pour s'intéresser à moi.
Moi: Et c'est alors que Dieu vous a parlé.
Molly: Oui (calmement)
Moi: Comment vous êtes-vous sentie après que Dieu vous ait annoncé les bonnes nouvelles ?
Molly: (avec un chaleureux sourire): « Il me semblait que j'étais la personne la plus extraordinaire au monde ».
Moi: C'était un sentiment agréable, n'est-ce pas?
Molly: Oui.

A ce moment, le personnel de la cuisine entra pour mettre les tables.

Moi: Je dois partir.
Molly: S'il vous plait, ne répétez ce que nous avons dit à personne. Il me semble que personne ne comprend.
Moi: Je vois ce que vous voulez dire. Je vous promets de ne pas en parler si vous ne le faites pas non plus.
Molly: je promets.

    Deux jours plus tard, Molly m'a aperçu alors que je traversais son pavillon. Elle est allée vers moi et m'a dit: « J'ai songé à ce dont nous avons parlé, et je me demande... croyez-vous que j'ai imaginé la voix de Dieu pour me sentir mieux?» Je lui ai répondu: « Peut-être », en haussant les épaules. Le personnel de l'hôpital a observé depuis ce jour une très nette amélioration chez Molly. Elle a commençé à parler avec les médecins, les infirmiers et les autres patients, et à participer aux activités. Le psychiatre responsable de son dossier a qualifié son cas de « rémission spontanée ». Le projet de transfert à l'hôpital d'Etat a été abandonné. Deux semaines après notre entretien, elle a été placée dans un pavillon ouvert. Le personnel estimait que, certainement, elle pourrait prochainement quitter la clinique.

Al Siebert

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