Psychotopie

Articles dans le domaine de la psychologie : psychologie clinique, psychopathologie, psychologie de la santé, psychologie sociale...

27 octobre 2010

Points de repère : Les sciences humaines et la santé

Article paru dans la revue Sciences Humaines :

Histoire de la médecine

Les Grecs et le serment d'Hippocrate, Oribase (325-403) de Byzance et sa monumentale encyclopédie médicale, Avicenne et les médecins arabes, les premiers anatomistes... L'histoire de la médecine a longtemps retracé les avancées de cette science au fil des civilisations. Depuis le début du xxe siècle, cette histoire est interrogée par les développements de l'histoire des sciences, prenant des orientations plus critiques.

L'un des pionniers de cette nouvelle histoire de la médecine est l'Allemand Henry Sigerist (1891-1955), fondateur de l'Institut d'histoire de la mé-decine aux Etats-Unis, qui initie une approche culturelle, sociale et économique de la discipline

En France, les travaux de Georges Canguilhem et de Michel Foucault questionnent le rôle de la médecine dans une vision plus large de l'individu ou de la société.

De l'histoire des grandes épidémies au vécu des malades, de la vie de laboratoire à l'analyse des institutions..., l'histoire de la médecine se déploie aujourd'hui dans le vaste champ de l'histoire culturelle.

Sociologie de la santé

La sociologie de la santé naît dans les années 50 aux Etats-Unis. Elle est alors avant tout une sociologie de l'institution médicale, qui s'intéresse à l'hôpital, son organisation, au rôle et au pouvoir du médecin. Après la sociologie fonctionnaliste (Talcott Parsons), le courant interactionniste (Everett Hughes, Erving Goffman, Howard Becker...) investit l'hôpital comme terrain d'étude en développant des enquêtes empiriques novatrices sur la formation des médecins, leurs interactions avec les patients, la gestion du « stigmate ». Un chercheur comme Anselm Strauss consacrera d'ailleurs toute sa carrière à l'analyse du monde médical.

Au cours des années 70, la sociologie de la médecine, qui apparaît en France, devient progressivement une sociologie de la santé. Les sociologues vont s'intéresser notamment au malade comme acteur, et à sa gestion quotidienne de la maladie. L'épidémie de sida va constituer un véritable laboratoire pour la sociologie, en permettant de s'intéresser à la fois à l'expérience des malades, à la construction d'un mouvement social autour d'un thème de santé publique, à son traitement politique et médiatique. Aujourd'hui, c'est l'ouverture de la santé à un grand nombre d'acteurs (usagers, collectifs de malades, médias) avec la question de leurs rôles et pouvoirs respectifs qui constitue l'interrogation la plus vive des sociologues.

Psychologie de la santé

La psychologie de la santé est une discipline très récente ; c'est un groupe de travail réuni en 1976 au sein de l'Association américaine de psychologie qui signe sa naissance. En moins de trente ans, elle a connu un essor considérable, d'abord dans le monde anglo-saxon, puis en France dans les années 90.

Elle intègre les apports de la biologie, des neurosciences, de la psychologie clinique et sociale pour étudier les différents facteurs psychiques, sociaux et biologiques qui interagissent dans la santé. Ses deux principaux objectifs restent la compréhension des mécanismes en jeu dans les maladies et la promotion de l'hygiène de vie. Elle s'intéresse aux conduites à risque (tabac, sexualité...), à la manière dont les individus s'ajustent à la maladie, au soutien social des malades ainsi qu'aux conséquences du stress. Ayant fait la preuve de sa rigueur scientifique, la psychologie de la santé promeut maintenant l'utilisation clinique de ses résultats, que ce soit dans les institutions pour personnes âgées ou les hôpitaux.

Géographie de la santé

La géographie de la santé s'appuie sur une très longue tradition, initiée par Hippocrate lui-même qui avançait le rôle du climat et de l'environnement, mais aussi de la localisation géographique, sur l'apparition des maladies. Si elle s'est longtemps cantonnée à une « géographie médicale » (avec par exemple Maximilien Sorre qui, en 1933, soulignait que l'environnement, altéré par l'homme, facilite la diffusion des maladies), la géographie de la santé a élargi son champ de recherches depuis trente ans. Elle étudie les maladies selon les inégalités de répartition territoriale, mais également la géographie des soins médicaux en termes d'inégalités spatiales d'accès, d'offre et de besoin. Les recherches, qui prennent en compte le contexte social et économique ainsi que l'environnement (tant physique que climatique), s'orientent maintenant vers les inégalités au sein de territoires beaucoup plus restreints, comme les villes.

Économie de la santé

L'essor de l'économie de la santé date des années 60, en France mais aussi dans les autres pays occidentaux, dans un contexte de croissance des dépenses de soin. Elle prend ses racines dans les célèbres travaux de Kenneth J. Arrow, futur prix Nobel, consacrés à l'« Incertitude et l'économie du bien-être des soins médicaux » (1963). A l'interface entre les pouvoirs publics, les administrateurs des systèmes de soin et le milieu médical, cette discipline connaît depuis ces travaux fondateurs une multitude d'approches théoriques et de domaines de recherches. Cette diversité, à défaut d'une totale cohérence, lui apporte sa richesse. Si de nombreuses études sont axées sur le financement du recours au soin médical, la croissance du marché de la santé ou le coût de telle maladie spécifique, l'économie de la santé ne néglige pas la dimension éthique. En réfléchissant par exemple sur l'efficacité optimale de l'offre de soin, elle tente, à sa mesure, de participer à la réduction de certaines inégalités sociales (en matière d'accès aux soins).

Anthropologie médicale

Les tentatives d'expliquer et de modifier les états du corps humain sont présentes dans toutes les cultures du monde. Depuis le xixe siècle, les ethnologues s'intéressent à étudier les pratiques de soin et de guérison parmi des peuples lointains, ainsi que leurs idées concernant le corps humain, les maladies, la reproduction. L'anthropologie médicale s'est constituée en spécialité lorsque, dans les années 50, des anthropologues anglo-saxons ont été pressentis pour participer à des enquêtes d'épidémiologie touchant notamment l'alimentation et les soins du corps dans les sociétés occidentales. Depuis, cette branche de l'anthropologie s'est diversifiée en intégrant à son objet les théories, les pratiques et les institutions de la biomédecine moderne. Au-delà d'une ethnomédecine qui étudie les savoirs populaires comme éléments de culture, l'anthropologie s'intéresse à tous les usages du corps confronté à la reproduction, la sexualité, la maladie, la thérapeutique, la chirurgie, ainsi qu'aux lieux, cadres et systèmes de recherche médicale, de soin, de santé comme les hôpitaux, les industries pharmaceutiques et les associations de soin. Plus que d'autres spécialités, l'anthropologie médicale a vocation à exercer une expertise dans les domaines de la bioéthique, de la procréation assistée, de la médicalisation des sociétés, de la mondialisation des biomédecines.

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20 octobre 2010

Pourquoi l'alcool rend-il violent ?

Article paru dans la revue Sciences Humaines :

Nous croyons que si l’alcool peut rendre violent, c’est uniquement parce qu’il agit sur l’organisme. En réalité, des effets de contexte et de culture jouent également un rôle déterminant.

L’alcool est considéré comme la substance la plus fortement liée aux conduites agressives. Dans une recherche portant sur 9 300 criminels issus de 11 pays différents, il a par exemple été montré que 62 % des délinquants violents avaient bu avant de commettre une agression. Tous les types de violences sociales peuvent d’ailleurs être liés à l’alcool, chez l’auteur des faits comme chez la victime : les violences sexuelles, ou dans les services d’urgence hospitalière, dans l’armée, dans le domaine sportif (l’« alcooliganisme »), mais aussi les maltraitances d’enfants… En France, selon une récente étude, 6,5 % de la population a déjà participé à une bagarre dans un lieu public. Parmi ces sujets, 40 % avaient bu de l’alcool dans les deux heures qui avaient précédé les faits (1). Par ailleurs, les femmes consommant beaucoup d’alcool semblent plus fréquemment victimes de coups et blessures (2). L’agression est généralement constatée avant le pic d’alcoolémie. Au-delà, l’alcool rend plutôt somnolent.

Comment expliquer ce lien entre consommation d’alcool et conduites agressives ? Certaines explications mettent l’accent sur la désinhibition provoquée par les fluctuations, sous l’effet de l’alcool, de certains neurotransmetteurs, notamment dans une partie de notre cerveau, le cortex préfrontal, impliquée dans le contrôle de nos comportements. Ce n’est pas suffisant : lorsque des sujets alcoolisés ne sont pas provoqués, il est rare qu’ils se montrent agressifs. La violence liée à l’alcool n’est pas uniquement une question neurobiologique, mais dépend du contexte. La consommation d’alcool se déroule souvent dans des lieux bondés, bruyants, parfois surchauffés, propices à outrepasser les normes sociales. La violence dans les bars résulte fréquemment d’une tentative manquée d’obtenir encore de l’alcool. En outre, les bouteilles et les verres sont utilisés comme des armes dans près de 20 % de ces incidents. Par ailleurs, sous l’effet de l’alcool, les aspects les plus saillants de la situation immédiate (intimité d’une conversation, désir sexuel, irritation…) prennent le pas, par exemple, sur l’évaluation des conséquences à long terme de nos comportements. Enfin, une simple bousculade sera jugée plus hostile, car non accidentelle (selon un « biais d’intentionnalité ») (3). Après une consommation d’alcool, l’interprétation de la situation est donc appauvrie. On parle parfois de « myopie alcoolique » pour qualifier ces réactions désinhibées où l’impulsivité et l’assurance de son bon droit l’emportent.

Perturbations cognitives et contexte

Des recherches ont également montré que l’alcool nous fait sentir plus séduisants qu’en temps normal, et même moralement supérieurs à autrui. Paradoxalement, les personnes alcoolisées mentionnent moins fréquemment des pronoms comme je, moi, moi-même, moi. Elles se valorisent, tout en se sentant moins responsables de leurs actions. Enfin, une personne déprimée qui boit de l’alcool sans parvenir à se distraire en même temps risque de renforcer l’humeur désagréable qu’elle cherchait pourtant à noyer, car l’alcool conforte les émotions qui dominent lorsque l’on en consomme. Ce phénomène est important pour expliquer les effets de l’alcool sur l’humeur.

Perturbations cognitives, contextes spécifiques… Ces deux domaines ne suffisent encore pas à définir pourquoi l’alcool rend violent. Pour bien comprendre, il faut aussi prendre en compte les riches significations rituelles et sociales revêtues par l’alcool à travers le globe. Dans une recherche portant sur plusieurs dizaines de sociétés traditionnelles différentes, le psychologue James Shaefer a conclu qu’à travers tous les contextes culturels étudiés, l’ébriété masculine était une constante, mais que des bagarres s’ensuivaient dans seulement la moitié des cultures. Par exemple, les membres de la tribu bolivienne des Cambas font l’expérience d’une alcoolisation extrême deux fois par mois, sans qu’aucune forme de violence verbale ou physique y soit observée.

Le rôle des croyances

À l’inverse, dans une société traditionnelle de Finlande où de telles beuveries régulières étaient également organisées, les violences graves étaient fréquentes. Ces deux exemples soulignent que les comportements qu’induisent les ivresses sont toujours insérés non pas seulement dans une situation mais dans une société donnée. Les significations sociales et les effets imputés à l’alcool se développent très jeune : on a demandé à des enfants américains âgés de 8 ans quelles seraient les conséquences s’ils consommaient de l’alcool (par rapport au thé glacé). Ceux-ci ont répondu que l’alcool les conduirait davantage à blesser verbalement les autres et à se bagarrer.

Chez les adultes au contraire, une enquête pour la Direction générale de la santé (4) a montré que nous n’associons pas forcément consommation d’alcool et stimulation des conduites agressives. Seulement 6 % des répondants indiquaient en effet que lorsqu’ils avaient suffisamment bu d’alcool pour en ressentir les effets, ils devenaient agressifs. Les hommes, les personnes peu diplômées et les plus jeunes étaient plus enclins à associer l’agression à l’alcool. Cela était également plus marqué chez les gros consommateurs, les personnes dépressives, celles ayant une tendance générale aux conduites agressives et se contrôlant difficilement. Plus on pense que l’alcool rend agressif, et plus on admet avoir déjà été violent sous l’emprise de l’alcool. L’origine de ces croyances est multiple : on peut supposer qu’en plus de l’expérience personnelle, les modèles jouent un rôle important. L’association entre agression et alcool est par exemple parfaitement reflétée dans les médias populaires. Pas moins de 6 % des images de la bande dessinée Tintin ont trait à l’alcool, qui rend souvent le capitaine Haddock belliqueux. Le psychologue David McIntosh, en 1999, a codé et analysé les comportements de 832 personnages buveurs ou non buveurs d’alcool apparaissant dans 100 films tirés au sort parmi les plus grands succès en salle entre 1940 et 1990 : par rapport à des non-consommateurs, les personnages qui buvaient de l’alcool étaient beaucoup plus souvent agressifs.

Boisson, placebo, piment et sel

Si le lien alcool-agression résulte également de significations sociales associées à l’alcool, on devrait observer une augmentation des conduites agressives chez des personnes persuadées d’avoir consommé une boisson alcoolisée même si ce qu’elles ont bu ne contient pas d’alcool. Cette hypothèse a été testée auprès d’un échantillon de 117 personnes qui croyaient participer à un test rémunéré d’aliments énergétiques. Elles ont été divisées en plusieurs groupes : certaines pensaient consommer une boisson non alcoolisée, tandis que d’autres pensaient consommer une boisson moyennement ou fortement alcoolisée (contenant l’équivalent de 3 ou de 6 verres à liqueur remplis de vodka). Ainsi, certains participants croyaient être alcoolisés, parfois fortement, et ne l’étaient pas (le subterfuge était possible grâce à la mise au point d’une boisson glacée qui avait un goût d’alcool). Inversement, d’autres participants pensaient consommer un simple jus de fruit et étaient pourtant très alcoolisés à leur insu. Puis tous étaient provoqués par un assistant de recherche qui se faisait passer pour un simple participant. On mesurait ensuite leur réponse agressive par le nombre de doses de piment liquide et de sel qu’ils avaient l’opportunité de mélanger discrètement dans l’assiette du provocateur.

Les résultats ont montré un effet de la dose d’alcool que les participants croyaient avoir consommée : plus ils pensaient être alcoolisés, plus ils agressaient le provocateur (5). Leurs tendances chroniques à l’agression (évaluée lors de la sélection) permettaient en outre de prédire le nombre moyen de doses de piment et de sel administrées.

Cet effet placebo peut s’expliquer de deux manières. On pourrait supposer que si les individus alcoolisés s’autorisent certaines conduites, c’est que l’alcool est censé expliquer leurs actes transgressifs. Une autre explication est également plausible : tout comme la simple présentation d’une arme à feu rend plus probable une conduite agressive après une provocation, on peut penser que l’alcool favorise les actes transgressifs en l’absence même de consommation.

Alcool et agressivité, les liaisons sémantiques

Dans une autre étude, on a donc présenté à des participants un court instant, sur un écran d’ordinateur, des images de boissons alcoolisées, d’armes, ou de boissons non alcoolisées. Chaque image était immédiatement suivie d’un mot soit agressif (frapper, tuer…), soit non agressif (bouger, imaginer…), soit d’une suite de lettres sans signification (trider, foclager…). Les participants devaient indiquer le plus rapidement possible s’il s’agissait d’un mot de la langue française ou non.

Résultat : les mots agressifs étaient identifiés de la même manière après la présentation d’images de boissons alcoolisées ou d’armes. Ce qui étaye l’hypothèse selon laquelle alcool et agression sont reliés sémantiquement dans la mémoire à long terme. Ainsi, la seule évocation de l’alcool semble faciliter les pensées agressives, et cela, que l’on consomme de l’alcool, ou pas : implicitement, nous associons bel et bien alcool et agression. Décidément, l’effet de l’alcool ne se limiterait donc pas à ses propriétés pharmacologiques. Par exemple, des recherches en laboratoire indiquent qu’à dose d’alcool constante, la vodka ou le whisky sont plus fortement liés à l’agression que la bière et le vin, ce qui suggère que la signification des produits joue un rôle.

Les effets de l’alcool sur l’agressivité résultent donc de plusieurs processus distincts. Deux grandes classes d’explication coexistent : l’explication pharmacologique, qui insiste sur les effets de l’alcool sur une partie de notre cerveau sous-tendant la « myopie alcoolique », et l’explication sociale-cognitive, qui met l’accent sur le rôle des représentations de l’alcool et de ses effets sur nos conduites. Pour diminuer les dommages sociaux de l’alcool, il importe donc d’intervenir à la fois sur la disponibilité de l’alcool, et sur les représentations qui y sont associées. Des recherches nombreuses montrent déjà que la diminution de la disponibilité de l’alcool a un impact sur les violences. Il reste désormais à démontrer qu’en modifiant l’idée fort répandue selon laquelle l’alcool disculperait l’auteur de violences, on modifie également les comportements indésirables de l’alcoolisation.

NOTES :

(1) Laurent Bègue et al., « Étude évaluative sur les relations entre violence et alcool », Direction générale de la santé/Laboratoire interuniversitaire de psychologie, personnalité, cognition, changement social, 2007.
(2) Laurent Bègue et al, « The role of alcohol in female victimization: Findings from a French representative sample », Substance Use and Misuse, à paraître en 2010.
(3) Laurent Bègue et al, « “There is no such thing as an accident”, especially when people are drunk », Personality and Social Psychology Bulletin, à paraître en 2010.
(4) Laurent Bègue et al, « Étude évaluative sur les relations entre violence et alcool », op. cit.
(5) Pour consulter les vidéos de cette étude, voir www.lexpress.fr/actualite/sciences/alcool-et-violence-un-lien-jusqu-ou_570650.html

Les déterminants de l'agression humaine : le rôle des drogues

Dans les agressions,
le rôle de l’alcool est plus important à lui seul que celui de toutes les autres substances psychotropes (c’est-à-dire agissant sur le cerveau) cumulées. Néanmoins,
quel est l’effet de ces autres substances ?
Dans la mesure où la plupart d’entre elles sont illégales, les recherches expérimentales sont particulièrement importantes pour le comprendre.

Par exemple, des recherches indiquent que les consommateurs de cannabis sont plus fréquemment auteurs d’actes agressifs dans la vie courante, tandis qu’en laboratoire, la consommation de THC réduit au contraire les conduites agressives. Se procurer des substances illicites expose en outre à des situations susceptibles d’être associées à la violence. Par ailleurs, des agressions peuvent être commises dans le but de se procurer le produit (par exemple chez les héroïnomanes).

Si l’on se limite donc aux études expérimentales, il apparaît que la cocaïne et les amphétamines, à faible dose, sont liées à une augmentation des conduites agressives. L’héroïne n’a pas d’effet direct sur ce plan, tandis que le cannabis ou les amphétamines, à forte dose, la diminuent. D’autres facteurs contextuels (densité, chaleur, bruit, anonymat, effets de rôle) sont présentés dans L’Agression humaine (Laurent Bègue, Dunod, 2010).

Laurent Bègue                   

Disponibilité de l'alcool et violences

« Quand les vendanges sont bonnes en France, les violences augmentent », avaient observé en 1896 les criminologues italiens Cesare Lombroso et Enrico Ferri. Un chercheur suédois (1) a étudié les relations entre la disponibilité de l’alcool et les violences enregistrées dans les statistiques officielles en Suède. Plusieurs périodes, où la vente d’alcool était limitée ou, au contraire, plus libre, ont été étudiées : le rationnement de l’alcool durant la Première Guerre mondiale, l’abrogation des restrictions d’alcool en 1955, la légalisation de la vente de bière dans les épiceries en 1965, les variations des heures d’ouverture du samedi dans les lieux de vente d’alcool, ou la grève de l’organisation ayant le monopole de la distribution d’alcool. Résultat : les violences variaient dans le même sens que la disponibilité de l’alcool.

Il a été calculé que si l’on diminuait de 10 % la quantité d’alcool per capita aux États-Unis, on observerait une diminution de 1 % des meurtres, 6 % des viols, 6 % des agressions graves et 9 % des vols.

(1) Leif Lenke, Alcohol and Criminal Violence: Time series analysis in a comparative perspective, Almqvist & Wiksell International (Stockholm), 1990.

Laurent Bègue    

L'alcool "courage"

L’histoire recèle d’innombrables exemples où l’alcool fut utilisé afin de nourrir le courage. En France, le maréchal Pétain écrivait ces lignes après la Première Guerre mondiale : « Le vin a été, pour les combattants, le stimulant bienfaisant des forces physiques ; ainsi a-t-il largement concouru, à sa manière, à la victoire. »

Pendant la guerre d’Espagne ou en Allemagne, dans les camps de concentration, d’autres chroniqueurs ont montré que l’alcool était employé quotidiennement par les exécuteurs. Dans un autre contexte, des ethnographes ont observé qu’au sein de certains gangs, l’alcool était utilisé comme un moyen de se mettre en condition psychologique pour se battre. Dans une étude réalisée auprès de 269 jeunes délinquants, on a observé que 25 % d’entre eux avaient pris de l’alcool ou de la drogue pour se donner du courage avant de commettre un délit.

Laurent Bègue, Professeur de psychologie sociale à l’université Grenoble-II et membre de l’Institut universitaire de France, il est l’auteur de L’Agression humaine, Dunod, 2010.    

   

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Être parent, une bénédiction ?

Article paru dans la revue Sciences Humaines :

Être parent, le plus beau « cadeau » au monde ? La plupart des gens supposent qu’avoir des enfants les comblera de bonheur… Pourtant – et bien que cela puisse paraître contre-intuitif à première vue –, plusieurs études ont montré qu’être parent ne rendait pas forcément heureux. L’une des études les plus citées en ce domaine a été menée par le psychologue américano-israélien Daniel Kahneman, également expert en finance comportementale et récipiendaire du prix Nobel d’économie en 2002.

De son enquête réalisée auprès de 909 mères résidant dans l’État du Texas, il est ressorti que s’occuper des enfants n’était pas véritablement une partie de plaisir. D. Kahneman demanda en effet à ces mères de classer 19 activités quotidiennes selon le degré de plaisir et de contentement que leur procurait chacune de ces tâches. Or, d’après ce classement, « s’occuper des enfants » n’arrive qu’en 16e position, derrière « faire la cuisine », « discuter au téléphone », « regarder la télévision » ou encore… « faire le ménage ».

« Ce type de recherche ne doit pas laisser penser qu’avoir des enfants rend moins heureux, mais seulement que les enfants ne rendent pas plus heureux », tempère l’économiste Andrew Oswald, professeur à l’université de Warwick (Royaume-Uni), auteur d’une étude comparative sur des dizaines de milliers de Britanniques, selon qu’ils soient parents ou non. Quoique… L’économiste est forcé de constater qu’au-delà d’un enfant par couple, « les résultats montrent un impact plus négatif ».

Au sein des couples avec enfants, ce sont les mères qui apparaissent moins épanouies que les pères. D’autres études offrent des résultats encore un peu plus pessimistes. Pour Robin Simon, sociologue à l’université Wake Forest en Caroline du Nord (États-Unis), les parents, de manière générale, apparaissent plus déprimés que les individus sans enfants, peu importent les circonstances et les trajectoires de vie (familles monoparentales, parents d’1 ou de 4 enfants, etc.). Mais malgré tout, on les aime quand même…

Justine Canonne

Mind Hacks, « The mixed blessing of children », 7 juillet 2010, (http://mindhacks.com/2010/07/07/the-mixed-blessing-of-children/), reprenant un article de Jennifer Senior, « All joy and no fun. Why parents hate parenting », New York Magazine, 4 juillet 2010.

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02 décembre 2009

Les gender studies

Article provenant du site www.scienceshumaines.fr :

Apparues dans les années 70 aux États-Unis, les gender studies ont profondément renouvelé l'étude des rapports homme/femme en posant que la différence de sexe est une construction sociale. Si ce courant n'a guère d'équivalent en France, en revanche la notion de genre a fini par s'imposer dans les études féministes et de nombreux enjeux de société.

Objet et genèse.

Le concept de « gender » est né aux Etats-Unis dans les années 70 d'une réflexion autour du sexe et de l'utilisation de cette variable dans les recherches en sciences sociales. Le mouvement féministe qui a pris de l'ampleur après la révolution sexuelle cherche à faire entendre sa voix au sein des institutions de recherche. Il s'agit de faire reconnaître un engagement qui se veut de plus en plus une réflexion renouvelée sur le monde. C'est un psychologue, Robert Stoller (1), qui popularise en 1968 une notion déjà utilisée par ses confrères américains depuis le début des années 50 pour comprendre la séparation chez certains patients entre corps et identité. De là l'idée qu'il n'existe pas une réelle correspondance entre le genre (masculin/féminin) et le sexe (homme/femme). Dès 1972, en s'appuyant sur l'articulation entre la nature et la culture développée par l'anthropologue français Claude Lévi-Strauss, la sociologue britannique Anne Oakley (2) renvoie le sexe au biologique et le genre au culturel. Les universitaires américaines récusent le rapprochement souvent effectué entre les femmes et la nature (principalement à cause de leurs facultés reproductives) alors que les hommes seraient du côté de la culture. Un retentissant article publié en 1974 par l'anthropologue Sherry Ortner (3) en rend les termes particulièrement explicites : « Femme est-il à homme ce que nature est à culture ? » En anthropologie, c'est à Margaret Mead que revient une première réflexion sur les rôles sexuels dans les années 30 (4). L'étude des rôles assignés aux individus selon les sexes et des caractères proprement féminins et masculins permet de dégager l'apprentissage de ce qui a été donné par la nature.

Une fois le genre distingué du sexe, les chercheurs se concentrent sur les rapports homme/femme. L'historienne américaine Joan W. Scott (voir bibliographie) incite à voir plus loin qu'une simple opposition entre les sexes. Celle-ci doit être considérée comme « problématique » et constituer, en tant que telle, un objet de recherche. Si le masculin et le féminin s'opposent de manière problématique, c'est parce que se jouent entre eux des rapports de pouvoir où l'un domine l'autre. Mais si le genre est d'emblée pensé comme une construction sociale, il n'en est pas de même du sexe, vu comme une donnée naturelle ou plus probablement « impensée ». C'est l'historien Thomas Laqueur (voir bibliographie) qui démontrera le caractère construit historiquement du sexe et de son articulation avec le genre. Dans La Fabrique du sexe, il met en évidence la coexistence (voire la prédominance du premier sur le second) de deux systèmes biologiques. Ainsi pendant longtemps, le corps était vu comme unisexe et le sexe féminin était un « moindre mâle » tandis que nous serions passés au xixe siècle à un système basé sur la différence biologique des sexes.

Vers une analyse de la sexualité et de ses normes.

Une fois le sexe devenu tout aussi culturel que le genre, la sexualité devient aux yeux des chercheurs l'objet d'une nouvelle réflexion. L'influence du philosophe français Michel Foucault (particulièrement dans la décennie 80 durant laquelle ses oeuvres ont été traduites aux Etats-Unis) est ici primordiale. Le genre est ainsi articulé au pouvoir et à sa « mise en discours » puis relié à l'analyse de la sexualité et de ses normes.

La fin des années 80 voit un début d'institutionnalisation. Emprunté au vocabulaire psychologique et médical par la sociologie, le terme gagne d'autres disciplines comme l'histoire. Avant que le genre ne devienne un outil d'analyse, l'histoire des femmes s'attachait à faire affleurer des récits jusque-là invisibles, quitte à présenter les femmes de manière essentialiste, c'est-à- dire avec des caractéristiques propres et immuables telles que des qualités émotionnelles par exemple. L'analyse du genre ramène les spécificités prétendument féminines à la lumière d'un moment et d'une société donnés. Ainsi, les études de genre permettront de reconnaître le caractère construit socialement des données historiques sur les femmes ainsi que celles sur les hommes. Si le genre rend visible le sexe féminin, il implique que l'homme ne soit plus neutre et général mais un individu sexué. A partir de ce constat a pu se développer une histoire des hommes et des masculinités, principalement autour de la revue américaine Men and Masculinities dirigée par Michael Kimmel.

Les questions autour du genre, de par leur nette déviation dès le milieu des années 80 vers la sexualité, ont contribué à diviser les féministes en deux clans. Les plus radicales se sont attachées à montrer le caractère oppressif de la hiérarchie des sexes en termes de sexualité avec un avantage systématique attribué à l'homme, considéré dans sa globalité comme un mâle dominant.

La recherche s'élargit aux minorités.

D'autres, comme les Américaines Rubin Gayle et Judith Butler, montrent que le rapport entre les sexes n'implique pas seulement une hiérarchie entre les genres mais également une injonction normative. En 1984, R. Gayle (5) élargit la réflexion théorique aux sexualités qui échappent à la norme comme le sadomasochisme ou la pornographie. J. Butler (6), en 1990, tente de poser un regard transversal qui inclut autant les femmes, les gays et les lesbiennes que d'autres minorités qui ne se réduisent à aucune des deux premières catégories. Pour J. Butler, si le sexe est tout autant culturel que le genre, ce dernier s'entend comme un discours performatif sur lequel on pourrait agir et ainsi apporter des modifications aux habitus imposés par la société. Cette grille d'analyse élargit la recherche aux minorités telles que les homosexuels, les lesbiennes ou les transgenres. Les études de genre peuvent exister à part entière puisque l'oppression ne concerne plus seulement les femmes, la domination n'émanant pas uniquement des hommes mais du système hétérosexuel. Les études gay et lesbiennes, et plus tard la théorie queer, insisteront sur une analyse de la norme imposée au genre ou non. Ainsi, le cas des lesbiennes peut être analysé sous l'angle du genre, en tant que femmes, comme au regard de la norme, en tant que déviantes. Le mouvement queer se joue de la multiplicité des identités sexuelles établies selon les nécessités et les contingences. De même, le travail de l'historien américain George Chauncey (7) sur la culture gay new-yorkaise pendant l'entre-deux-guerres est particulièrement intéressant car il croise les paramètres du genre et de la sexualité de manière fructueuse. Il montre comment on est passé d'un système du genre où la relation homosexuelle reposait sur les identités homme/femme (seul celui des deux hommes qui présentait un comportement féminin était stigmatisé) à un système où l'homosexualité est jugée à l'aune de l'hétérosexualité. Dans le second cas (correspondant à la période actuelle), tout homosexuel est stigmatisé en regard de sa sexualité. L'historien a aussi mis au jour une coexistence des deux systèmes dans le New York contemporain où certaines communautés latinos continueraient de fonctionner selon un binarisme de genre.

Enjeux et débats.

Le concept de genre a eu des difficultés à s'implanter en France, principalement à cause d'une méfiance envers le féminisme américain jugé par trop communautariste et radical. Durant les années 80, l'université française cherchait à se prémunir contre le politique. De par leur nécessaire passage par le militantisme, les études féministes s'éloignèrent donc du cadre de la recherche.

Les expressions « rapports de sexe » ou « rapports sociaux de sexe » ont longtemps été préférées à la notion de genre jugée trop floue. Ce vocabulaire est en adéquation avec l'approche féministe matérialiste influencée par l'école marxiste qui caractérise la première génération de chercheuses dans les années 70, avec les sociologues Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu et Colette Guillaumin.

Elles rejoignent le travail de dénaturalisation initié par les universitaires américaines, principalement à travers la remise en cause du travail domestique comme activité naturelle de la femme.

C. Delphy centre sa réflexion sur l'oppression comme construction sociale (voir bibliographie). Elle s'oppose à une vision différentialiste et identitaire qui voit les femmes comme un groupe homogène avec des caractéristiques spécifiquement féminines. Elle inverse la problématique initiale : la masculinité et la féminité ne peuvent expliquer la hiérarchie et la domination, non moins que le sexe n'expliquerait le genre.

Les groupes d'hommes et de femmes n'ont été constitués que parce que l'institution sociale de la hiérarchie (et par là s'entend l'organisation sociale) est un principe premier, de même que c'est le genre qui donne sens à la caractéristique physique du sexe (qui ne recélerait en soi aucun sens).

Du monde du travail au champ politique.

Dès le début des années 90, la sociologie du travail s'impose en France comme la plus productive dans le domaine des études de genre. Pendant longtemps, la discipline n'a pas pris en compte la variable sexe, déclinant le travail et les travailleurs au « masculin neutre ». Le travail domestique analysé comme la base de la domination masculine a ainsi ouvert une réflexion sur la place des femmes dans le monde du travail. Une fois la brèche ouverte, les chercheuses ont cessé de centrer leurs recherches sur les spécificités féminines et les ont ouvertes aux différences et inégalités entre les sexes et, par voie de conséquence, à la possibilité d'étudier le travail des hommes comme une activité sexuellement construite.

Le concept de genre a réellement commencé à se diffuser en France au milieu des années 90, lorsque la Communauté européenne s'est penchée sur les questions de genre et de parité dans la recherche d'une égalité effective. A partir de 1993, les débats sur la parité incitent les travaux sur le genre à prendre en compte le champ politique. Dès les années 70, les travaux de Janine Mossuz-Lavau (8) sur la visibilité des femmes en rapport au vote, aux élections et à l'éligibilité ont permis un premier rapprochement entre les études de genre et le champ politique. La sociologie du travail achèvera de convaincre de la nécessité de prendre en compte le sexe de manière systématique. Dans ce cadre, on assiste, durant les années 90, à la création de modules de recherche spécifiques comme le Mage (Marché du travail et genre) autour de la sociologue Margaret Maruani qui, après s'être intéressée à la division sexuelle du travail, analyse aujourd'hui la division sexuelle du marché du travail.

Un intérêt croissant en France.

De leur côté, les historiens auront fait leur propre chemin. Si l'histoire des femmes et les études de genre sont loin d'être considérées comme les thèmes les plus valorisés de la discipline, l'historien spécialiste du Moyen Age Georges Duby a beaucoup fait pour la reconnaissance du « genre » avec le volumineux travail sur l'Histoire des femmes en Occident (Plon, 1991) conduit avec Michelle Perrot. Ils y proposent une acceptation du genre en lien avec d'autres variables, telles que la classe, la race, mais aussi la nationalité, la religion ou l'orientation sexuelle. De cette manière, la problématique du genre rejoint le propos de l'histoire sociale contemporaine qui s'attache à rendre compte des identités multiples des individus et des groupes. Certains chercheurs se demandent s'il ne faudrait pas remplacer l'étude des femmes par l'étude du genre. Les historiennes féministes s'y opposent dans la mesure où l'étude des femmes s'est construite dans une volonté d'appropriation d'une histoire par les femmes, élaborée à l'attention d'autres femmes. En anthropologie, Françoise Héritier, qui a travaillé avec C. Lévi-Strauss sur les systèmes de parenté, développe une pensée de la différence. La différence visible entre les sexes aurait donné la clé d'entrée d'une pensée classificatoire sur le monde, fondée sur le binarisme et la dichotomie. Elle s'appuie sur des recherches d'ethnographie comparée qui montrent l'universalité de la hiérarchie entre les sexes. Pour l'anthropologue, il s'agit de comprendre pourquoi l'ensemble de l'humanité a développé une valorisation du masculin sur le féminin. Les études sur les hommes se développent en France autour du sociologue Daniel Welzer-Lang (voir bibliographie) qui s'intéresse plus particulièrement à la violence masculine et aux virilités exacerbées. L'essai de Pierre Bourdieu, La Domination masculine (Seuil, 1998), s'il contribue à confirmer la thèse principale du sociologue français, à savoir le poids des structures et institutions sociales dans un processus de reconduite des privilèges d'un groupe (dans le cas présent, les hommes), et fut à plus d'un titre controversé, n'en a pas moins aidé à la reconnaissance des études de genre. P. Bourdieu a également soutenu les études gay et lesbiennes en France, de plus en plus visibles grâce au travail du philosophe, mais aussi traducteur d'oeuvres phare américaines, Didier Eribon.

Le genre est aujourd'hui l'objet d'un intérêt grandissant au sein de l'université française alors qu'aux Etats-Unis, le concept utilisé à outrance semble avoir perdu sa force de provocation et sa valeur heuristique, c'est-à-dire qu'il ne permet plus de découvrir de nouvelles pistes de recherche ou de poser un regard neuf sur des thèmes classiques. Les jeunes chercheurs français qui s'intéressent à cette thématique sont d'autant plus enthousiastes qu'ils se trouvent dégagés du militantisme qui entravait la reconnaissance de leurs prédécesseurs. En ce sens, leur principal enjeu revient à donner au genre un statut théorique dénué d'idéologie au sein des sciences humaines.

Sandrine Teixido

NOTES

1. R. Stoller, Sex and Gender, Hogarth, 1968.
2. A. Oakley, Sex, Gender, and Society, TempleSmith, 1972.
3. S. Ortner, « Is female to male as culture is to nature ? », in M. Zimbalist Ronaldo et L. Lamphere, Woman, Culture, and Society, Stanford University Press, 1974.
4. M. Mead, Sex and Temperament in Three Primitive Societies, 1935, rééd. Morrow Quill Paperbacks, 1980.
5. R. Gayle, Thinking Sex : Notes for a radical theory of the politics of sexuality, Routledge and Kegan, 1984.
6. J. Butler, Gender Trouble : Feminism and the subversion of identity, Routledge, 1990.
7. G. Chauncey, Gay New York, 1890-1940, Fayard, 2003.
8. J. Mossuz-Lavau et M. Sineau, Enquête sur les femmes et la politique en France, Puf, 1983.

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29 novembre 2009

Re-mind the gap

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Les associations françaises de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, et pour l’accès à la santé dans le monde, lancent ce mardi 12 mai 2009, la campagne « Re-mind the gap ».

Cette campagne, à laquelle participent plus de cinquante associations de nombreux pays à travers le monde, a pour but d’appeler les dirigeants des pays les plus riches, et notamment la France, à augmenter d’urgence leur contribution au Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, dont les besoins d’ici 2010 sont estimés à au moins 5 milliards de dollars US supplémentaires.

Les engagements d’atteindre l’accès à la prévention, à la prise en charge médicale et aux traitements pour tous d’ici 2010, réitérés lors des deux derniers sommets du G8 par leurs dirigeants, dont M. Nicolas Sarkozy, doivent être tenus. Cela suppose obligatoirement une prise de conscience politique des pays du nord et une accélération des efforts financiers.

Sans une réponse urgente aux besoins financiers, les conséquences pour des millions de personnes dans les pays du sud seront dramatiques.

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1er décembre 2009 : Journée mondiale de lutte contre le sida

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A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre prochain, Act Up-Paris appelle à manifester - place de la Bastille à 18h30 - derrière le mot d’ordre : « Sida : la crise a ses coupables ».

Le VIH tue dans le monde 6000 personnes par jour. 15 000 personnes sont tuées quotidiennement par le sida, le paludisme et la tuberculose. Cette situation dramatique est avant tout liée aux promesses non tenues des leaders des pays riches, qui s’étaient engagés en 2005 à financer l’accès universel aux traitements contre le VIH, le paludisme et la tuberculose, pour 2010.

Ces leaders politiques doivent rendre des comptes. Leur responsabilité est engagée, qu’elle soit politique, morale, éthique ou pénale. Et si nous sommes convaincuEs qu’un tribunal de l’Histoire jugera les Sarkozy, Brown, Obama et autres Berlusconi pour avoir laissé plus de 3 millions de personnes mourir chaque année alors que ces leaders pouvaient les sauver, nous sommes tout aussi convaincuEs que ce seul procès ne suffira pas. Et qu’il devient indispensable, pour que les politiques de lutte contre le sida dans le monde changent enfin, de juger de la responsabilité de ces leaders dans ce crime contre l’humanité défini en son temps par Jacques Chirac comme étant celui de « non-assistance à peuples en danger ».

Lien vers le site d'Act Up-Paris

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28 novembre 2009

Le principe de prévention : Le culte de la santé et ses dérives

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Présentation de l'éditeur :

La santé est devenue notre bien le plus précieux. Les recommandations qui saturent l'espace public viennent nous le rappeler quotidiennement: "fumer tue", "évitez de grignoter entre les repas", "lavez-vous les mains fréquemment", etc. Car, pour faire reculer le plus possible la maladie et la mort, il faut traquer le risque partout où il existe. La prévention des excès alimentaires, du tabagisme, de la consommation d'alcool et de drogues s'efforce d'atteindre cet idéal de sécurité totale. Mais la "mise en risque" du monde ne va pas sans dysfonctionnements. Le culte de la santé disqualifie ceux qui transgressent les conseils des experts. Il enserre les individus dans de nouveaux carcans moraux. Enfin, il est l'allié des industries agroalimentaires et pharmaceutiques, à qui il ouvre des marchés lucratifs. Conçue pour protéger les citoyens, les enfants, les personnes vulnérables, la prévention doit aujourd'hui être réinventée, sous peine de perdre son âme.

Biographie de l'auteur :

Patrick Peretti-Watel est sociologue à l'INSERM. Jean-Paul Moatti est professeur d'économie à l'université Aix-Marseille-II. Ils sont respectivement membre et directeur de l'unité 912 " SE4S " (Sciences économiques et sociales, systèmes de santé et sociétés).

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15 novembre 2009

France Culture : Un monde nommé cancer

Lundi 16 novembre 2009 sur France Culture :
Un monde nommé cancer (1/3) - Infirmier d’annonce coordinateur en oncologie.

Un documentaire d'Irène Omélianenko et de François Teste.
Vous avez des soupçons à la suite d’un prélèvement, un examen radiologique, un saignement inhabituel, une fatigue inexplicable. Vous avez consulté et un médecin doit vous recevoir pour un temps médical.
Dans la théorie, « le temps médical regroupe l’annonce, la ré-annonce du diagnostic ou la préannonce de cette consultation, l’évaluation de la situation carcinologique, la stratégie thérapeutique ou les propositions de celle-ci… ».
Dans votre réalité, comment ne pas être sidéré quand, empathique ou non, clair ou confus, chaleureux ou austère, le médecin vous parachute dans un monde nommé cancer ou plutôt, depuis quelques années, oncologie…
C A N C E R, épelé, chuchoté, hurlé, ressassé, le mot ne demande qu’à s’éloigner voire s’enliser.
Aussi, la « mesure 40 », créée à la demande des patients lors des premiers états généraux des malades, prévoit, elle, un « temps d’accompagnement par le personnel soignant ». Aujourd’hui en France, dans bien des hôpitaux, la réflexion porte d’abord sur le comment accompagner cette annonce, ensuite vient le comment accompagner le patient dans le labyrinthe des soins…
Au Kremlin-Bicêtre, le fil d’Ariane de ce documentaire est Christophe Curt qui, depuis le 17 septembre 2007, exerce ce nouveau métier d’infirmier d’annonce coordinateur en oncologie.

Avec :
Anne-Thirot Bidault, gastroentérologue et oncologue ;
Christophe Curt, infirmier d’annonce coordinateur en oncologie ;
Caroline Besson, hématologue ;
Gérard Benoit, chef du service d’urologie du Kremlin Bicêtre, oncologue et président du comité de coordination en cancérologie du CHU Bicêtre ;
Marie Michel, infirmière dans l’unité de prise en charge de la douleur et des soins palliatifs ;
Marie-Elena Marques, infirmière dans les services ORL, ophtalmologie et stomatologie ;
Stéphanie Audureau,
des patients et leur famille.

Productrice coordonnatrice : Irène Omélianenko
Réalisation : François Teste

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Mardi 17 novembre 2009 sur France Culture :
Un monde nommé cancer (2/3) - Cancer du sein : parcours de femmes.

Un documentaire de Claire Hauter et de François Teste.

Le cancer du sein représente un problème majeur de santé publique ; en France, il touche chaque année près de 50 000 femmes, deux fois plus qu’il y a vingt ans. Cependant, s’il reste la première cause de mortalité féminine, le nombre de décès qui lui sont imputables est relativement stable, grâce aux avancées thérapeutiques et au dépistage renforcé.
« Une femme sur neuf a eu, a ou aura un cancer du sein dans sa vie » explique le Dr Denis Neyrand, gynécologue et chirurgien à Lyon. Et si, dans le cancer, l’être est atteint dans toutes ses dimensions : identité, confiance en soi, vie professionnelle et sociale, relations aux proches, le cancer du sein ouvre une brèche d’autant plus grande qu’elle touche en un lieu fondateur de l’identité, et symbolise la rencontre entre Eros et Thanatos.
A Lyon, Anne-Sophie, 45 ans, se bat depuis six ans contre un cancer récidivant. Du cabinet de sa kinésithérapeute, Vanessa Rochet, à un bureau de stylisme où elle conçoit une gamme de maillots de bains et de lingerie destinée aux femmes opérées du sein, cette mère de quatre enfants est engagée avec son mari, Patrice, dans une traversée qui a tout du parcours d’obstacles. A leur écoute, se tient le docteur Daniel Habold, qui a ouvert à Chambéry la toute première consultation d’onco-sexologie De leur côté, Axelle, Catherine et Suzanne se retrouvent chez la psychothérapeute et sexologue Florence Sborowsky, qui œuvre à mettre sur pied des groupes de paroles pour les malades et leurs proches. Une démarche d’écoute et de partage qui, de par sa valeur thérapeutique, gagnerait à se généraliser, d’autant que le cancer du sein est de plus en plus une maladie au long cours. Comment ces femmes ont-elles vécu les différentes étapes de la maladie, les effets de la chirurgie et des thérapies adjuvantes ? Comment réapprivoiser son corps et le regard des autres ? Quel sens enfin donner à cette épreuve pour qu’elle soit l’occasion de retrouvailles fécondes avec soi-même.

Productrice coordonnatrice : Irène Omélianenko
Produtrice déléguée : Claire Hauter
Réalisation : François Teste
Prise de son : Aveline Carmoi

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Mercredi 18 novembre 2009 sur France Culture :
Un monde nommé cancer (3/3) - Mon voisin a un lymphome.

Un documentaire de Christpohe Deleu et François Teste.

Croisé ce matin tôt dans l'ascenseur, mon voisin, Henri. Il part faire des analyses. Il a des kystes un peu partout sur le corps, il a "laissé traîner". " C'est peut-être grave".
A partir de ce jour, j'ai un peu peur de croiser Henri: un peu plus âgé que moi, il est célibataire mais a un enfant de cinq ans. Il incarne à mes yeux un âge adulte envié et crédible. Une solitude un peu mystérieuse. En 1999, je l'avais interviewé pour une Nuit magnétique sur le silence dans la conversation. Depuis, il me demande quand passent mes émissions.
L'immeuble a déjà perdu un habitant en fin d'année: Laurent, 37 ans, mort d'une tumeur au cerveau, et qui nous a rappelé qu'on pouvait prendre congé de façon définitive en quelques mois. L'annonce, maintenant, du cancer d'Henri va transformer l'immeuble en zone contaminée.
Plusieurs semaines durant, Henri refuse toute aide mais bientôt le concierge donne des nouvelles: Henri est en quarantaine à l'hopital; très vulnérable, il ne peut voir personne. Il a demandé au concierge de déplacer sa voiture tous les quatre jours pour éviter la fourrière. Je ne peux rien faire même en ce domaine: je n'ai pas le permis..
Deux ans plus tard, Henri, que je croyais perdu, déjoue les pronostics et revient des Enfers. C'est un happy end, non? Le premier miracle dans la série macabre des cancers à laquelle j'ai assistée.
Cinq ans encore. Henri est donc guéri. Il écrit des livres.
C'est cette histoire-là que je veux raconter, vue de la position du voisin, ni très proche ni très éloignée.

Avec, notamment :
Henri Cachia, auteur de l’ouvrage Un cancer du sang, parcours d’un porteur de lymphome, (L’Harmattan) ;
Jean-Pierre Jouet, hématologue, co-auteur de La greffe, entre biologie et psychanalyse (PUF) ;
Véronique et Géraldine, témoins.

Productrice coordonnatrice : Irène Omélianenko
Producteur délégué : Christophe Deleu
Réalisation : François Teste
Prise de son : François Rivalan

Plus d'informations sur le site de France Culture.

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08 novembre 2009

Internet bouleverse la relation médecin-malade

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Maladie, symptôme, traitement, forme physique, alternatives thérapeutiques... les Français sont de plus en plus nombreux à consulter Internet pour des questions de santé.

Sur le Web, les sites médicaux connaissent un succès grandissant : plus de 128 millions de pages santé ont été répertoriées. Doctissimo, le plus connu des sites de vulgarisation santé, a reçu en 2008 la visite de huit millions d’internautes. Vidal, le célèbre éditeur du dictionnaire des médicaments, vient de mettre en ligne eurekasante.fr , sur lequel on trouve les posologies, les recommandations officielles, les effets secondaires et les possibilités de remboursement des médicaments. « Ainsi, les patients ont les mêmes informations que les médecins », explique Stéphane Korsia, un des directeurs du site.

Surfant sur la vague, plusieurs sites proposent même des diagnostics en ligne ou des conseils d’automédication, comme docteurclic.com. « Les différentes rubriques et tests permettent d’apprendre aux gens à se poser les bonnes questions : Puis-je prendre des médicaments en libre accès ? Que faut-il faire en cas de maux de tête ou de douleurs thoraciques ? Dois-je appeler les urgences, cela peut-il attendre la prochaine consultation ? », explique Loïc Étienne, ancien urgentiste, revendiquant le sérieux et la fiabilité des tests d’évaluation accessibles depuis son site, « les mêmes qu’emploient les médecins urgentistes et qui permettent d’évaluer la gravité de la situation ».

Toutes ces informations interfèrent-elles lorsque le patient internaute vient consulter son médecin ? Selon l’Association pour la qualité de l’Internet santé, les recherches sur le Web sont évoquées dans 30 % des consultations. « Beaucoup de médecins se sentent agressés par des malades de plus en plus vindicatifs. Bien sûr, l’éducation à la santé est positive. Apprendre à reconnaître un cas de méningite est salutaire, mais Internet a changé la donne, le patient a aujourd’hui l’impression d’en savoir autant que le soignant », explique Olivia Benhamou, auteur du livre Comment peut-on encore être médecin ?.

Les médecins, indispensables intermédiaires.

« Depuis qu’Internet intervient dans la relation thérapeutique, nous sommes obligés de faire de gros efforts de pédagogie et de patience », reconnaît Martial Olivier-Koehret, président du Syndicat des médecins généralistes (MG-France).

« Je trouve normal que les patients s’informent, mais tout est une question de dosage, ajoute-t-il. Certains patients internautes nous demandent de confirmer des diagnostics parfois complètement farfelus. Il faut passer du temps ensuite à réexpliquer, à rassurer et à faire comprendre que nous sommes des professionnels de santé : nous sommes là pour leur apporter une réponse particulière, pas une réflexion générale sur la maladie. De plus, il est impossible de faire une consultation en ligne. Il ne suffit pas de répondre à un questionnaire et d’évaluer des réponses. L’appréciation d’un individu se fait en face-à-face, dans sa globalité. L’annonce d’un diagnostic est toujours délicate, cela suppose d’avoir un peu d’humanité. Le risque est grand, sinon, que l’internaute potentiellement malade reste dans sa solitude, avec son mal-être. »

Nombreux sont d’ailleurs les malades à avoir pris peur lors de leur recherche sur le Web. « Il y a quelques années, j’ai vu, aux résultats d’un bilan sanguin, que mon taux de créatinine était largement trop élevé, se souvient Lucette Bicard-Delcambre, qui souffre d’un diabète de type I. J’ai regardé sur Internet ce que cela pouvait entraîner. Au bout de quelques clics, je me suis déjà imaginée en dialyse. C’est mon médecin qui, plusieurs jours plus tard, m’a expliqué que les résultats avaient été faussés par la prise d’un médicament. Mais j’ai vraiment eu très peur. »

La fiabilité des sites médicaux en question.

Sur les forums, les expériences s’échangent, des liens se créent, mais, même avec un très bon modérateur, les dérapages peuvent être fréquents. On trouve de tout, personnes mal intentionnées, résultats d’analyse non adaptés, mythomanes.

Carole Robert, présidente de l’association Fibromyalgie France, en a fait l’expérience : « Il y a quelques années, des gens s’étaient introduits sur notre forum pour y faire des rencontres amoureuses. Les personnes malades sont souvent en grande souffrance, il est plus facile de les déstabiliser. Depuis, nous l’avons fermé et une grande partie de notre site n’est plus accessible qu’à nos membres. D’une façon générale, dans le cas de la fibromyalgie, il est difficile de poser un diagnostic et il y a différents niveaux de maladie. Il peut donc être dangereux de lire des propos généraux sur la maladie. »

Les moteurs de recherche font aboutir l’internaute sur des pages décontextualisées qui peuvent être aussi bien des études scientifiques très pointues que des forums de discussion ouverts à tous. Il est rare que la personne repère immédiatement le site sur lequel elle navigue. La plupart des pages ne sont pas datées, et les informations peuvent être erronées, ou même complètement fausses. Quelle confiance accorder à un site plutôt qu’à un autre ? Comment être certain de la fiabilité de l’information ?

Internet pour un meilleur suivi médico-psychologique.

Consciente du problème, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande aux internautes de se poser trois questions lorsqu’ils naviguent sur Internet : Qui a écrit le contenu du site ? Quelles sont ses compétences ? Quelles sont ses motivations ? Elle recommande aussi de consulter plus volontiers les sites détenteurs du logo HON . Si cette certification ne garantit pas le fond éditorial, elle oblige le site détenteur du logo à mentionner clairement les sources, les auteurs et les dates.

« C’est une question de temps et de pratique pour que les gens apprennent à identifier systématiquement les différents niveaux d’information des sites qu’ils consultent, explique Ségolène Aymé, directrice et fondatrice du site orphanet. Nous sommes aujourd’hui mondialement connus pour être une référence dans le domaine des maladies rares et la plupart des gens concernés viennent directement sur notre site. Pour eux, Internet est capital, c’est le seul moyen d’être mis en relation avec d’autres malades, d’échanger leurs expériences. Le Web a une dimension complémentaire à la prise en charge médicale. »

Devant l’ampleur du phénomène, certains médecins ont décidé de créer eux-mêmes leur site pour compléter l’information qu’ils donnent à leurs patients après une consultation. « Lorsque le patient est atteint d’une maladie chronique, comme une hépatite virale B ou C, l’appui d’un site Internet peut l’aider à comprendre et à gérer sa maladie. Il est plus facile, ensuite, de dialoguer avec lui, explique Didier Mennecier, médecin hépato-gastro-entérologue, créateur du site hepatoweb.com et président de l’association des Médecins maîtres-Toile  (les médecins webmaster dont le logo est un toucan). Mais c’est seulement après le premier entretien que je propose au patient de consulter mon site. »

Emmanuelle FRIEDMANN

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04 novembre 2009

Etude MONDIAB sur le diabète de type 1

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MONDIAB est une étude sur le diabète de type I, réalisée par l’Université Paul Verlaine de Metz et par l’Université du Luxembourg.

Le but principal de cette étude est de mieux comprendre comment les personnes vivent avec le diabète de type I. Tu peux aider la recherche, en participant à cette étude et en partageant ton expérience avec nous. Si tu as plus de 12 ans et que tu es atteint(e) de diabète de type I, aide-nous à mieux comprendre le diabète en nous rejoignant sur www.mondiab.com !

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03 novembre 2009

Un nouveau médicament très prometteur contre le cancer

Article provenant du site www.vulgariz.com :

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Des chercheurs britanniques (du The Institute of cancer research) annoncent avoir obtenu, grâce à un nouveau médicament contre certains cancers d’origine génétique, des résultats très prometteurs lors d’essais cliniques préliminaires. Les résultats ont été publiés dans la revue médicale The New England Journal of Medicine datée du 24 juin 2009.

Un médicament qui cible les cellules cancéreuses et laisse intact les cellules normales.

Ce nouveau médicament, Olaparib, a été donné à des patients avec des formes avancées de cancer (cancer du sein, des ovaires ou de la prostate) hérité d’une mutation sur les gènes BRCA1 et BRCA2 (voir encart). L’Olaparib bloque l’action d’enzymes appelées PARP qui sont impliqués dans les mécanismes de réparatinon de l’ADN. Grâce à ce médicament, chez plus de la moitié des patients, la tumeur s’était soit stabilisée ou avait diminué de taille. Ces patients n’avait pas répondu favorablement aux traitements habituels contre le cancer. L’étude montre qu’un des patients était toujours en rémission deux ans après avoir reçu le traitement.

L’Olaparib cible les cellules cancéreuses mais laissent intact les cellules normales. Ce médicament aurait aussi très peu d’effets secondaires et certains patients ont déclaré que le traitement était plus facile à supporter que la chimiothérapie.

Le Dr Johann de Bono, un des chercheurs de la Institute of cancer research qui a dirigé ces essais cliniques de Phase I avec le concours de la société AstraZeneca/KuDOS déclare que les résultats positifs doivent permettre de mener des essias d’une plus grande ampleur.

« Ce médicament s’est montré très impressionnant pour réduire la taille des tumeurs des patients. Elle donne aux patients qui ont déjà essayé de nombreux traitements conventionnels de longues périodes de rémission, libres de tous symptômes de la maladie ou effets secondaires importants », déclare le chercheur.

Les mutations BRCA.

Certains types de cancers du sein, de l’ovaire et de la prostate ont une forte composante héréditaire. Des mutations dans les gènes BRCA1 et BRCA2 sont les causes les mieux comprises de ces cancers héréditaires. Ces cancers concerneraient environ 5% des cancers du sein et de l’ovaire et environ 1 à 2% des cas précoces de cancers de la prostate. Les femmes qui sont porteuses d’une mutation BRCA ont 85% de risque de développer un cancer du sein et jusqu’à 60% de risque de développer un cancer de l’ovaire au cours de leur vie. Les hommes avec une mutation sur le gène BRCA ont jusqu’à 15% de risque de développer un cancer de la prostate au cours de leur vie. Ces patients ont un risque élevé de cancer parce que cette mutation génétique affaiblit le mécanisme de réparation de l’ADN.

Létalité synthétique.

Olaparib est le premier exemple de réussite d’un nouveau type de médecine personnalisée utilisant le principe de « létalité synthétique » (synthetic lethality en anglais), le médicament agit efficacement avec le défaut moléculaire de patient. Ce traitement est basé sur des expériences menées dans ce même institut qui ont montré que certains cancers avaient des talons d’Achille : si des médicaments – comme l’olaparib – sont utilisés pour bloquer une enzyme appelée PARP dans l’organisme, l’ADN de la cellule tumorale se brise et la cellule meurt.

Les cancers avec les mutations BRCA1 or BRCA2 ont été les premiers découverts comme étant sensible à une inhibition de PARP mais il y a des évidences qui laissent à penser que l’olaparib va être efficace dans d’autres formes de cancer avec des défauts dans la machinerie de réparation de l’ADN. Cela pourrait concerner certains cancers du sein non-hérité ou cancers de la prostate et jusqu’à la moitié des formes les plus courantes du cancer de l’ovaire.

" C’est un médicament très important pour le traitement des cancers liés aux gènes BRCA1/2. La prochaine étape est de tester ce médicament sur une forme plus courante de cancers des ovaires ou du sein ou nous espérons que ce médicament va être tout aussi efficace ", déclare le professeur Stan Kaye qui a co-dirigé cette étude.

Le Professeur Alan Ashworth qui dirige à présent l’organisme caritatif Breakthrough Breast Cancer Research Centre qui participe au financement de ces recherches est à l’origine des travaux qui consiste a cibler les mécanismes de réapparition de l’ADN dans le cancer.

" Nous sommes extrêmement heureux que les travaux que nous avons mené au laboratoire se sont traduit aussi vite en bénéfices pour les patients. Ce concept est a présent teste dans différents essais cliniques a travers le monde," déclare le professeur.

Le mode d’action de ce médicament.

Le concept derrière cette nouvelle approche est appelé « létalité synthétique » (synthetic lethality en anglais). Les cellules normales ont différents moyens de réparer les lésions de leur ADN. Dans le cas des tumeurs BRCA, une des voies de réparation est absente. Le médicament olaparib bloque une autre voie impliquant l’enzyme PARP, les cellules normales ne sont pas affectées par ce médicament car elles peuvent utiliser les gènes BRCA. Lorsque le médicament est utilisé sur les tumeurs BRCA, elles n’ont plus aucun moyen de réparer leur ADN alors elles meurent. C’est pourquoi ce médicament est si efficace pour tuer les cellules cancéreuses et n’affectent pas les cellules normales.

Référence :
Article :
Inhibition of Poly(ADP-Ribose) Polymerase in Tumors from BRCA Mutation Carriers
Auteurs : Peter C. Fong, David S. Boss, Timothy A. Yap, Andrew Tutt, Peijun Wu, Marja Mergui-Roelvink, Peter Mortimer, Helen Swaisland, Alan Lau, Mark J. O’Connor, Alan Ashworth, James Carmichael, Stan B. Kaye, Jan H.M. Schellens, et Johann S.
Source : BBC Health.

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28 octobre 2009

Le trouble bipolaire

Article provenant du site www.lilly.fr :

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Le trouble bipolaire est une maladie anciennement appelée psychose maniaco-dépressive (PMD). Elle se caractérise par une exagération des variations normales de l'humeur qui vont affecter mentalement et physiquement le patient.
L'évolution de cette maladie bipolaire est chronique et cyclique et oscille entre trois états :

L'état maniaque avec exaltation de l'humeur,
L'état dépressif caractérisé en opposition avec le précédent,
Une humeur normale ou parfois quasiment normale entre les phases de survenue de ces deux états pathologiques.

Des chiffres clés des troubles bipolaires :

- Environ 1 % de la population générale de plus de 15 ans souffre d'un trouble bipolaire soit près de 500 000 personnes en France.
- Les troubles bipolaires débutent le plus souvent entre 15 et 24 ans.
- 20% des troubles bipolaires ont des formes sévères à cycles rapide.

1 - Qu'est-ce qu'un épisode maniaque ?

Ne pas confondre maniaquerie et manie :

Si dans le langage courant, une personne maniaque est extrêmement attachée à ses habitudes, très méticuleuse et peut même avoir des idées fixes, en psychiatrie, la manie (qui signifie en grec "folie") décrit tout autre chose.
La manie ou épisodes maniaques sont définis par la survenue d'un état d'euphorie intense associé à une augmentation de l'estime de soi et de ses capacités (sentiment de "pouvoir", de "puissance", de "grandeur"), à une diminution du besoin de sommeil sans sensation de fatigue, une accélération des pensées, une hyperactivité souvent intense.

Les symptômes (d'après les critères diagnostiques utilisés) doivent être présents pendant au moins une semaine pour permettre de poser le diagnostic.

Exemples de signes d'alerte de l'accès maniaque :
(modifications notables par rapport à votre comportement habituel)

- Dormir seulement quelques heures et ne pas se sentir fatigué,
- Mes proches me disent que je suis très irritable voire agressif,
- Faire beaucoup de tâches ménagères à des moments inopportuns, par exemple la nuit,
- Parler beaucoup en sautant.

2 - Qu'est-ce qu'un épisode dépressif ?

L'épisode dépressif est la phase opposée des épisodes maniaques

A l'inverse des épisodes maniaques, les épisodes dépressifs sont marqués par la tristesse, la perte de la notion de plaisir, l'absence de projets, une fatigue importante, une perte de la confiance en soi, un ralentissement de la pensée et des gestes. S'y associent souvent des idées suicidaires.

Ces différents symptômes doivent être présents pratiquement toute la journée durant au moins deux semaines et être en rupture avec le fonctionnement antérieur de la personne pour être considérés comme caractéristiques d'un épisode dépressif que l'on appelle majeur ou caractérisé.

La dépression peut être unipolaire ou faire partie du trouble bipolaire. On constate généralement une perturbation de l'humeur, comme par exemple la perte de la notion de plaisir, l'absence de projets, une fatigue importante, une perte de la confiance en soi, un ralentissement de la pensée et des gestes...etc.,

La dépression engendre des difficultés importantes dans la réalisation d'activités habituelles, quotidiennes.

3 - Quelles sont les causes des troubles bipolaires ?

Les causes des troubles bipolaires sont multiples. Il n'existe pas une seule explication au trouble bipolaire de l'humeur, mais plusieurs causes intriquées (facteurs biologiques, génétiques, psychologiques, environnementaux) qui sont autant de pistes, de voie de recherche, et surtout de domaines où l'action thérapeutique pourra s'exprimer.

Les facteurs biologiques :

Le cerveau est composé d'un très grand nombre de neurones qui communiquent entre eux au niveau de jonctions appelées synapses.

La transmission de l'information au niveau de ces synapses s'effectue par le biais de petites molécules sécrétées par les neurones. Ces "messagers biologiques" sont appelés neurotransmetteurs. Le trouble bipolaire de l'humeur pourrait être lié à une perturbation de la transmission de l'information au niveau de ces synapses.

La recherche a fait de nombreux progrès dans ce domaine au cours des dernières années et les découvertes ont permis d'améliorer les traitements disponibles.

Les facteurs génétiques :

Des études auprès des familles de patients bipolaires ont montré l'implication de facteurs génétiques dans le risque de survenue de la maladie. Plusieurs gènes pourraient être impliqué. Les troubles bipolaires appartiennent au groupe des maladies à hérédité complexe, caractérisées par l'interaction de nombreux facteurs génétiques et de facteurs liés à l'environnement pour arriver à l'éclosion de la maladie.

Autrement dit, même si l'implication des facteurs génétiques est indéniable, un parent ne transmet pas de façon automatique sa pathologie à son enfant à la fois parce qu'il y a beaucoup de gènes en jeu et aussi parce qu'il y a probablement une interaction entre le terrain génétique et des facteurs environnementaux qui peuvent être très précoces (durant la grossesse).

Certaines personnes pourraient ainsi naître avec une "vulnérabilité", une sensibilité particulière aux évènements de vie stressants. Nous reviendrons sur cette hypothèse liant stress et vulnérabilité.

Les facteurs psychologiques :

Les causes du trouble bipolaire semblent être une combinaison de facteurs innés à savoir des causes génétiques existant indépendamment de l'environnement et de la vie de la personne, et de facteurs acquis c'est-à-dire dépendant de l'environnement, de la qualité de la vie affective, des stress et des traumatismes importants et répétés vécus depuis la naissance.

L'explication psychologique essaie de comprendre comment la personnalité du patient s'est construite et de quelle manière le trouble bipolaire pourrait répondre à des traumatismes psychiques plus ou moins précoces.

Les facteurs environnementaux :

Les patients qui souffrent de troubles bipolaires seraient particulièrement vulnérables aux évènements de vie stressants : les événements "douloureux" : perte d'un proche, perte d'emploi, déménagement dans une région inconnue, séparation d'avec un conjoint, etc ..., mais également "heureux" : promotion professionnelle, mariage, naissance, etc...

On nomme "événements de vie stressants" toute modification de votre environnement qui implique une remise en cause des mécanismes psychiques que vous utilisez habituellement pour vous adapter à une nouvelle situation. Votre éventuelle fragilité génétique, biologique ou psychologique entraînerait des difficultés à surmonter de tels changements sans "passer" par l'expression de troubles de l'humeur.

Les personnes atteintes de troubles bipolaires deviendraient ainsi, au cours de leur vie, hypersensibles et hyper-réactives aux situations de stress. Il est évident que la vie moderne avec ses contraintes économiques, affectives, sociales et culturelles nourrit abondamment cette hypersensibilité aux stress.

4 - Quelles sont les conséquences des troubles bipolaires ?

Au-delà de la souffrance générée par la survenue des épisodes aigus maniaques ou dépressifs, les troubles bipolaires s'ils ne sont pas correctement pris en charge, peuvent avoir des conséquences graves en entraînant notamment des comportements à risque et plus particulièrement, une désinsertion socioprofessionnelle et familiale.

Les conséquences concernent bien évidemment le sujet bipolaire lui-même mais également ses proches et plus largement la société, notamment au niveau des coûts générés par cette maladie.

Les conséquences professionnelles familiales et sociales des troubles bipolaires :

Les conséquences professionnelles qui sont caractérisées par le licenciement (dû au comportement étrange et agité), la démission hâtive et irréfléchie, les rapports conflictuels avec les collègues et/ou la hiérarchie, l'instabilité professionnelle (plus de la moitié des patients perdent leur emploi).

Les conséquences familiales et sociales sont illustrées par les conflits conjugaux (en particulier si la maladie est mal expliquée), la séparation ou le divorce, une mauvaise entente familiale (pouvant aussi avoir aussi des conséquences sur les enfants), la perte de ses ami(e)s, etc...

Les troubles bipolaires, prise de risque inconsidérée et risque de suicide :

D'autres conséquences sont liées à la prise de risque inconsidérée : abus de toxiques, rapports sexuels non protégés, conduite automobile à vitesse excessive, défis dangereux, actes médico-légaux (atteintes aux biens et aux personnes), violence. La consommation d'alcool est également fréquemment retrouvée au cours des troubles bipolaires : les études scientifiques retrouvent cette association dans 35 à 45% des cas.

Le risque de suicide est majeur particulièrement dans la phase dépressive mais aussi maniaque. Parmi les patients souffrant de troubles bipolaires, environ 1/3 fait une tentative de suicide et 1/3 présente des idées suicidaires. C'est probablement la pathologie où le risque suicidaire est le plus important.

Troubles bipolaires et coût de santé publique :

Le coût élevé pour la santé publique résulte d'une part de la consommation de soins (coût direct) mais aussi des coûts indirects générés par les arrêts de travail, la perte d'emploi et le recours fréquent aux aides sociales.

On évalue en France le coût annuel des hospitalisations pour épisode maniaque à environ 1,3 milliards d'euros, dont le coût moyen du traitement a été chiffré dans un hôpital parisien à 22.297 euros dont 98,6 % sont consacrés aux frais d'hospitalisation.

Ce coût élevé montre l'importance et la nécessité d'une prise en charge adaptée et correcte des troubles bipolaires.

5 - Qui est concerné par les troubles bipolaires ?

Les troubles bipolaires affectent autant les hommes que les femmes.
Les troubles bipolaires surviennent avec la même fréquence quels que soient l'origine ou le milieu social des patients. Enfin, le début des troubles bipolaires étant situé le plus souvent entre 15 et 24 ans, il s'agit d'une maladie qui débute le plus souvent chez l'adulte jeune.

6 - Existe-t-il plusieurs types de troubles bipolaires ?

Il existe 4 grandes catégories principales de troubles bipolaires, mais les symptômes et l'évolution de ces troubles seront particuliers à chacun.

Les différents types de troubles bipolaires :

Le trouble bipolaire de type I : alternance d'épisodes maniaques et d'épisodes dépressifs

Le trouble bipolaire de type II : association d'un ou plusieurs épisodes dépressifs et d'au moins un épisode hypomaniaque,HypomaniEpisode maniaque de moindre intensité que la manie caractérisé par des symptômes d'hyperactivité et d'excitation psychique contrôlables par le sujet et sans répercussion majeur sur ses relations sociales familiales et professionnelles.

La cyclothymie : fluctuations de l'humeur évoluant depuis au moins 2 ans avec alternance de nombreuses périodes hypomaniaques et dépressives

Le trouble bipolaire dit "non spécifié" : formes cliniques de symptomatologie insuffisamment spécifique pour être classées en type I ou II.

L'évolution dira de quel type de trouble bipolaire le sujet est atteint.

D'autres types de trouble bipolaires ont été identifiés et constituent des troubles dits à "bipolarité atténuée". Ils ne sont toutefois pas actuellement intégrés dans les classifications internationales.

Une forme particulière de trouble bipolaire dite à "cycles rapides" est individualisée en fonction de la fréquence de survenue des épisodes maniaques ou dépressifs et définie par la survenue de plus de 4 épisodes aigus (maniaques ou dépressifs) par an.

7 - Peut-on soigner les troubles bipolaires ? Quels sont les traitements ?

Il n'existe pas de traitement amenant à une guérison définitive des troubles bipolaires mais il existe des prises en charge impliquant des dispositifs multiples et qui permettent de gérer la maladie. Les traitements médicamenteux des troubles bipolaires visent à réduire les symptômes les plus aigus et à assurer un traitement de fond pour réguler l'humeur et prévenir la survenue de nouveaux épisodes.

Le traitement médicamenteux des troubles bipolaires :

Le traitement comporte classiquement deux phases correspondant au moment de la maladie :

- Le traitement de l'épisode aigu (de l'accès dépressif ou maniaque) ;

- Le traitement de fond, dont le but est de stabiliser votre humeur, puis de prévenir les récidives.

Dans le traitement des troubles bipolaires, plusieurs classes de psychotropes peuvent s'avérer utiles. Chaque classe à un intérêt thérapeutique particulier. C'est votre médecin qui adaptera votre traitement en fonction de votre cas.

Les médicaments sont indispensables au traitement du trouble bipolaire.
Il est strictement déconseillé d'arrêter brusquement le traitement sans l'avis d'un médecin.

Troubles bipolaires : une prise en charge multiple :

En psychiatrie, les soins sont multiples et doivent prendre en compte : le stade d'évolution de la maladie, les symptômes prédominants, la qualité de l'environnement, le milieu familial et social, les ressources matérielles, psychologiques et culturelles.

Concrètement voici ce dont les personnes souffrant de troubles bipolaires peuvent bénéficier :

- Des professionnels et de lieux d'accueil et de soins proches : quel que soit l'endroit où vous habitez, il existe près de chez vous un lieu de soins, une équipe prête à répondre à vos questions, à vous recevoir ;

- Des traitements médicamenteux qui visent à réduire les symptômes les plus aigus et à vous proposer un traitement de fond pour réguler votre humeur et prévenir la survenue de nouveaux épisodes ;

- Des accompagnements soignants autour du quotidien, autour des difficultés qu'il entraîne et des émotions qu'il suscite en vous : visite à domicile, entretiens infirmiers, etc... ;

- Des activités psychosociothérapiques dont l'objectif est d'offrir des techniques et un environnement adaptés à l'état psychique du patient afin qu'il puisse progressivement retrouver ses compétences et se réadapter à une vie sociale et professionnelle ;

- Des psychothérapies qui ont pour but d'atténuer les conflits internes, de favoriser un retour sur soi-même dans le but de mieux comprendre ses difficultés psychiques et le retentissement sur son humeur ; sans oublier ses propres ressources, ses initiatives et tout ce que le patient peut mobiliser par et pour lui-même.

Témoignage provenant du site www.psychologies.com :

Dans l’enfer de la bipolarité.

Misssand, 36 an.

Ma vie est un enfer que je fais vivre à tout mon entourage. Je n’ai jamais été diagnostiquée mais je présente tous les symptômes relatifs à la bipolarité. Les médecins et psychologues semblent sous-estimer mon état.

Pourtant, mes journées sont rythmées par une alternance incessante de mon humeur entre euphorie et anéantissement total. Il m’arrive de changer de comportement jusqu’à huit fois dans une même journée. Durant les moments de dépression, plus rien ni personne n’existe ; je ne veux voir personne, je suis odieuse et coupée du monde, les pensées pleine d’idées noires et violentes. A l’intérieur de moi, je livre une vraie bataille, pleurant, hurlant, allant parfois jusqu’à m’automutiler pour ne pas faire de mal autour de moi.

Les moments d’euphorie, quant à eux, sont exactement l’inverse. Je peux déménager la maison, les meubles, faire le ménage en un temps record, avoir mille idées à la minute et entraîner toute ma famille dans mes élans. Je chante, je suis heureuse et sûre que tout va bien… jusqu’à ce que tout redescende.

Je suis épuisée et ne pense pas avoir la force d’affronter ces changements encore longtemps. Mes enfants sont perdus et n’y comprennent rien. Aucun psy n’a pu réellement m’aider. Je prend un stabilisateur d’humeur qui a des effets secondaires. J’ai énormément de mal à me sortir de cette spirale infernale.

Posté par Psychotopie à 21:03 - Psychologie clinique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

J'ai peur du noir

Article provenant du site www.psychologies.com :

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Quand le soir tombe, certains sont envahis par une angoisse inexorable, peuplée de fantômes effrayants. Qu'est-ce qui la motive ? Comment y faire face ?

En pleine nuit, il se réveille, traverse l'appartement. Pas de lumière, il faut faire vite : « Je crains de voir des yeux brillants dans la nuit ou des ombres sur les murs. Je me force à ne pas y penser, mais j'ai peur. » Pourtant, Christian est un grand garçon, il a 53 ans. Enfant, il pouvait appeler au secours, on le rassurait. Aujourd'hui, il n'en parle plus à personne : l'angoisse est restée, et la honte s'y est ajoutée. « Contrairement à la peur, qui avertit d'un danger réel, la phobie se développe sans raison apparente et provoque l'incompréhension de l'entourage », note la psychologue Béatrice Copper-Royer. Du coup, ceux qui en souffrent restent enfermés dans leur angoisse jusqu'au lever du jour. Le ventre noué, ils n'ont d'autre solution que de multiplier les stratégies pour éviter toute situation anxiogène : laisser les lumières allumées, regarder dix fois de suite sous leur lit, refuser de sortir seuls le soir... « Or, l'évitement ne fait que renforcer la peur, souligne le psychothérapeute Luis Véra. Les rituels mis en place pour se protéger finissent par devenir obsessionnels et empêchent de vivre normalement. »

Une absence de repères

Mais de quoi ont-ils peur ? D'un agresseur au coin d'une rue, d'un monstre derrière le rideau... « Plus que tout, ils craignent d'être surpris, poursuit Luis Véra, de se retrouver démunis face à un danger imprévu et de perdre la tête. Et si, tout à coup, les monstres existaient réellement ? Et si l'irrationnel faisait irruption dans le réel, bouleversant ses règles et ses lois ? C'est cette perte de contrôle qui suscite l'angoisse. » Aussi, ces phobiques anticipent-ils le danger, croyant pouvoir y échapper. Ils sont vigilants à l'extrême car l'obscurité les prive de tout repère. « Ils se retrouvent face à eux-mêmes, explique le psychanalyste Paul Denis. Les conflits internes prennent alors toute la place. Le monstre ou l'agresseur symbolisent ces démons intérieurs. Qui viennent en outre combler un vide angoissant : avec eux, on n'est plus seul..

Un grand vide intérieur

« Pour l'enfant, la nuit est une rupture dans la relation avec sa mère, affirme Paul Denis. Pour retrouver celle-ci, il utilise ses ressources psychiques : il pense à elle et, même s'il ne la voit pas, il sait qu'elle est toujours là. » Il peut s'endormir tranquille, elle lui tient la main... Sauf quand le lien mère-enfant est trop distendu ou trop fusionnel : ces séparations sont alors source de profonde angoisse. « Une mère fragilisée ne peut pas communiquer à son enfant la sécurité intérieure suffisante pour lui permettre d'affronter la nuit et la solitude, remarque Béatrice Copper-Royer. Dans l'esprit de ce dernier, quand tout disparaît de son champ de vision, tout meurt. » L'angoisse de la mort, séparation ultime, se trouve donc au cœur de cette peur du noir.

Chez certaines personnes, les terreurs nocturnes de l'enfance ne se sont jamais véritablement apaisées. « N'ayant pas reçu les armes nécessaires, l'adulte ne sait pas comment calmer son anxiété, constate Paul Denis. Il n'est, en fait, pas devenu une personne rassurante pour lui-même. » Chez d'autres, ces terreurs vont être brutalement réactivées par un accident de la vie – difficultés professionnelles, séparation, deuil. « Démuni, seul dans le noir, c'est alors l'enfant en eux qui appelle sa mère », conclut Béatrice Copper-Royer.

Posté par Psychotopie à 18:35 - Psychologie clinique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La dépression comme processus d'adaptation : implications pour la psychothérapie

Article provenant du site www.psychomedia.qc.ca :

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La dépression ne devrait pas être considérée comme un trouble mais comme un processus d'adaptation, selon une analyse publiée dans la revue Psychological Review. Cette perspective remet en question des approches courantes de traitement de la dépression en psychothérapie.

Un argument en faveur de cette conception vient des recherches sur le récepteur 5HT1A de la sérotonine, expliquent les auteurs, Paul W. Andrews et J. Anderson Thomson Jr de l'Université de Virginie. La sérotonine est un neurotransmetteur grandement impliqué dans la dépression et est la cible la plupart des antidépresseurs.

Les rongeurs qui ont un faible niveau de 5HT1A présentent moins de symptômes dépressifs en réponse au stress, ce qui suggère que ce récepteur est impliqué dans le développement de la dépression. (Les compagnies pharmaceutiques sont en train de concevoir une prochaine génération d'antidépresseurs qui ciblent ce récepteur).

Les personnes en dépression pensent souvent intensément à leurs problèmes. Ces pensées sont appelées ruminations; elles sont persistantes et les personnes déprimées ont de la difficulté à penser à autre chose. Plusieurs études ont montré que ce style de pensée est souvent très analytique, séparant un problème complexe en éléments plus petits qui sont considérés un à la fois.

L'analyse des problèmes, argumentent les auteurs, nécessite beaucoup de pensée ininterrompue et la dépression coordonne plusieurs changements dans l'organisme pour aider la personne à analyser ses problèmes sans être distraite. Des études de la dépression chez des rongeurs montrent que le récepteur 5HT1A fournit, aux cellules nerveuses du cortex préfrontal ventrolatéral, le carburant nécessaire pour leur activation.

Le sens de plusieurs autres symptômes de la dépression peut être interprété à la lumière de l'idée que l'analyse des problèmes doit être ininterrompue. Le désir d'isolement social, par exemple, aide la personne à éviter des situations qui nécessitent une réflexion à propos d'autres choses. De même, l'incapacité de tirer plaisir de la sexualité ou d'autres activités empêche de se livrer à des activités qui pourraient distraire du problème. Même la perte d'appétit, souvent présente, peut être considérée comme favorisant l'analyse parce que la mastication et les activités liées à l'alimentation interfèrent avec la capacité du cerveau de traiter l'information.

Mais y a-t-il des indications que la dépression est utile pour analyser des problèmes complexes?

D'abord, argumentent les auteurs, si les ruminations dépressives étaient néfastes, comme la plupart des cliniciens et des chercheurs l'assument, les épisodes de dépression devraient être plus longs à résoudre lorsque les gens reçoivent des interventions qui encouragent la rumination, telles que celles qui leur demandent d'écrire sur leurs pensées et sentiments. Mais le contraire semble vrai. Plusieurs études ont montré que l'expression écrite favorisait une résolution plus rapide de la dépression en facilitant une meilleure compréhension des problèmes.

Par ailleurs, diverses études ont montré que, dans des états d'humeur dépressive, les gens sont meilleurs pour résoudre des dilemmes sociaux. Il s'agit précisément, disent les auteurs, du type de problèmes assez important pour nécessiter l'analyse et pour justifier l'évolution d'une émotion aussi coûteuse. Par exemple, une femme avec de jeunes enfants qui découvre que son mari est infidèle devrait-elle l'ignorer ou forcer celui-ci à choisir entre elle et l'autre femme, au risque d'être abandonné(e) ? Des expériences de laboratoire indiquent que les personnes déprimées sont meilleures pour résoudre des dilemmes sociaux par une meilleure analyse des coûts et des bénéfices des différentes options.

La dépression, considèrent les auteurs, est une façon de la nature d'indiquer un problème social complexe à résoudre. Les thérapies devraient encourager les ruminations dépressives plutôt que d'essayer de les empêcher et devraient viser à aider la résolution des problèmes à la source des épisodes de dépression. (Il y a plusieurs thérapies efficaces qui visent précisément cela, indiquent-ils). Il est aussi essentiel, dans les cas où il y a une résistance à discuter des ruminations, que le thérapeute essaie d'identifier et de démanteler ces barrières, ajoutent-ils.

La dépression semble moins un trouble dans lequel le cerveau déraille, résument-ils, qu'un mécanisme complexe et très organisé qui remplit une fonction spécifique.

Posté par Psychotopie à 17:57 - Psychologie de la santé - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le concept de schizophrénie devrait être aboli selon certains experts

Article provenant du site www.psychomedia.qc.ca :

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Des experts ont exprimé, à la veille de la journée mondiale de la santé mentale, l'opinion que le terme schizophrénie devrait être aboli.

Ils argumentent que:

- la catégorie regroupe plusieurs problèmes et symptômes différents, ce qui laisse faussement entendre que ces différents problèmes ont comme cause commune une même maladie du cerveau ;

- la catégorie encourage à tort l'usage presque exclusif des médicaments antipsychotiques plutôt que l'intervention psychologique ;

- la catégorie stigmatise les gens comme étant potentiellement violents, dangereux et non traitables.

Plusieurs experts croient plutôt que le terme ne devrait pas être abandonné avant d'avoir trouver d'autres moyens de classer les patients ayant des symptômes psychotiques.

Richard Bentall, professeur de psychologie clinique expérimentale de l'université de Manchester explique : "Nous ne doutons pas qu'il y ait des gens qui ont des expériences perturbantes telles qu'entendre des voix ou avoir des peurs paranoïaques."

"Mais le concept de schizophrénie n'a pas de signification scientifique. Il regroupe une large variété de problèmes sous un même nom, ce qui laisse croire que ces problèmes seraient tous des manifestions d'une même maladie du cerveau."

"L'étiquette peut influencer l'orientation du traitement et a encouragé les interventions biomédicale drastiques comme traitements de première ligne. Bien que les médicaments soient utiles pour certains patients, trop souvent ils sont donnés en doses très élevées et ont des effets secondaires dangereux" (telles que la prise de poids et l'augmentation du risque de diabète).
Globalement, dit-il, je trouve que le concept n'a pas de sens scientifiquement, est cliniquement inutile et, ultimement, a été dommageables pour des patients. Mais les experts n'ont pas encore de consensus sur ce qui devrait remplacer le concept de schizophrénie. Au Japon, le terme a été remplacé par "trouble intégré en 2004.

Posté par Psychotopie à 12:56 - Psychiatrie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]